RMC

"Ça a beaucoup de vertus": une majorité de Français pour une transparence des salaires en entreprise

Un nouveau mouvement appelle à dévoiler son salaire. Et une majorité de Français seraient prêts à le faire, estimant que cela permettrait de réduire les inégalités salariales.

En pleine saison de négociations salariales, un mouvement appelle à dévoiler son salaire. Depuis le mois d'octobre, des milliers d'employés se sont exécutés et ont partagé sur les réseaux sociaux leur salaire derrière le hastag #BalanceTonSalaire. Selon une étude de Yougov pour talent.com, 90% des salariés sont d'ailleurs prêts à dévoiler leur salaire.

Une manœuvre qui permettrait selon de nombreux salariés de réduire les inégalités au sein de l'entreprise. Cela limiterait certains écarts de salaire inexplicables au sein d'une même entité.

Dans l'intérêt de l'employeur dans un secteur concurrentiel

"Dans mon entreprise, on est 400 et tout le monde peut voir les salaires de tout le monde, y compris le mien", raconte sur RMC et RMC Story Gilles Satgé, PDG de la société Lucca, éditeur de logiciels informatiques de ressources humaines. Une pratique qui s'est imposée naturellement, assure le PDG.

"Je n'ai pas le choix, je suis dans un secteur hyper concurrentiel où les salariés peuvent choisir leur emploi. Leurs salaires sont fixés par le marché et nous on expose les salaires, comme ça ils peuvent comparer en se demandant si le concurrent propose plus ou moins. Ce n'est pas par grandeur d'âme que je l'ai fait mais dans mon intérêt", concède Gilles Satgé.

Définir son salaire soi-même

Et il l'assure, cette transparence a "beaucoup de vertus". "Cela résout certains problèmes de négociations vu que le salaire est fixé d'avance par la grille. Et les gros salaires eux, ont une grosse pression sur leurs épaules. Il faut donc être à la hauteur du salaire que l'on gagne", prévient Gilles Satgé.

Autre innovation, chez Lucca, les employés fixent leur salaire dès trois ans d'ancienneté. "Dans mon secteur, les employés ont le pouvoir de partir chez le concurrent, ça change beaucoup de choses dans notre relation", conclut Gilles Satgé.

Mais pour d'autres, c'est plus délicat. C'est notamment le cas de Frédéric, qui travaille comme commercial et assure gagner 66.000 euros par an, 140.000 avec les primes. "C'est possible de donner mon salaire à mes collègues qui font le même travail", explique-t-il, assurant qu'on lui recommande de ne pas le révéler aux autres employés du côté de l'administratif. "Il y a une problématique de jalousie. Le commercial, c'est quelqu'un en extérieur qui va au restaurant. Pour beaucoup, on ne travaille pas", ajoute-t-il sur le plateau d'"Estelle Midi".

Selon l'étude de Yougov, les moins de 24 ans sont les plus enclins à la transparence (82%), un chiffre qui baisse avec l'âge (64% pour les plus de 45 ans).

Guillaume Dussourt