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Ce président de département ne veut pas payer la hausse du RSA: "Je vais jouer le bras de fer"

Sébastien Lecornu, président (Les Républicains) du département de l'Eure, en Normandie.

Sébastien Lecornu, président (Les Républicains) du département de l'Eure, en Normandie. - Charly Triballeau - AFP

C'est LE sujet phare du congrès de l'Association des départements de France qui s'ouvre ce mercredi au Futuroscope de Poitiers: le RSA. Entre 30 et 40 départements sont en alerte rouge pour 2016, d'autant que le RSA a été revalorisé de 2%, sans aucune rallonge de budget de l'État. Sébastien Lecornu, président (LR) de l'Eure, refuse d'appliquer cette revalorisation. Il s'explique pour RMC.fr.

"On savait que cette revalorisation était prévue, mais on n'a pas vu venir le décret. On est en pleine préparation de notre budget pour l'an prochain. Si ça s'était accompagné d'une revalorisation des aides de l'État, cela aurait été. Mais là, c'est un chèque en blanc, un chèque en bois. Je vais jouer le bras de fer. Mes 2%, je vais les déduire de ce que je vais donner à la CAF (qui verse le RSA aux bénéficiaires), la CAF avancera l'argent et se retournera contre moi après.

On est gestionnaire d'une collectivité et on doit être pragmatique. Nous avons 16.000 allocataires du RSA (13.000 RSA socle et 3.000 RSA activité). Cela nous coûte chaque année 78 millions d'euros, compensés à hauteur de 40 millions par l'État. Ce qui veut dire qu'un euro sur deux de RSA versé est payé par le contribuable de l'Eure.

"1 euro sur 2 versé pour le RSA payé par le contribuable"

2% d'augmentation du RSA ne va pas changer significativement le pouvoir d'achat du bénéficiaire, mais par contre, cela va coûter au département 1,5 millions d'euros en plus cette année. Alors, on n'est plus à ça près, mais ça va encore amputer les investissements que nous avions prévus: pour les routes, les collèges, les aides aux communes, les logements sociaux… Par contre, il est hors de question d'augmenter les impôts.

Le gouvernement voulait tuer les départements. Ils n'y sont pas arrivés, alors ils optent pour la technique de l'étouffement.

On continue de rapprocher les revenus des bénéficiaires du RSA avec ceux des travailleurs pauvres. Je note que ces 2% de hausse concernent le RSA socle, et pas le RSA activité, donc celui qui fait l'effort d'avoir une activité n'est pas récompensé. Si le RSA part en vrille, c'est parce que rien n'est fait par le gouvernement pour redresser l'emploi. Le gouvernement vous fait une mesure électoraliste avec cette hausse du RSA, mais n'a pas le courage de faire les réformes structurelles. Je rappelle simplement que pour baisser le nombre de bénéficiaires du RSA, il faut créer des emplois. On a un modèle social qu'on ne peut plus financer".

Philippe Gril