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La retraite à 64 ans, le pari risqué d'Emmanuel Macron

"EXPLIQUEZ-NOUS - Le ministre de l’économie Bruno Lemaire s’est prononcé mardi pour un recul de l'âge de départ à la retraite. Une réforme qu’Emmanuel Macron envisage de relancer dès l’automne prochain. Ce serait un sacré pari.

On la croyait morte et enterrée la fameuse réforme des retraites. Souvenez-vous de l’interminable débat. Le texte avait finalement été adopté par l'assemblée au début du mois de mars 2020. Et deux semaines plus tard, la France se confinait, l’heure n’était plus au bras de fer contre le syndicat, mais à l’union nationale contre le Covid. Et l’Elysée avait fini par admettre qu’il n’était plus question de reprendre “en l’état” le projet initial. La fameuse réforme pour créer un régime universel de retraite par point avait plus que du plomb dans l’aile.

C’est donc une surprise de voir ce sujet revenir aujourd’hui. Dans le Lot le 4 juin, Emmanuel Macron a allumé une première mèche en évoquant des décisions difficiles à venir.

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Puis lundi, c’est le journal les Echos qui a évoqué un projet de réforme qui pourrait revenir sur la table. Depuis, on nous dit que rien n’est encore décidé, mais que le président tranchera sans doute avant le 14 juillet. C’est ce que l’on appelle “préparer les esprits”, ou bien lancer des ballons d’essai pour tester les réactions.

Une réforme beaucoup plus simple

Mais la réforme dont on parle n’a rien à voir avec la précédente. La réforme de la retraite par point était une usine à gaz, extraordinairement difficile à comprendre et son application devait s’étaler sur des années, voire des décennies. Le projet dont on parle aujourd’hui, c’est juste l’inverse, il est très facile à comprendre et d’application quasi-immédiate. Ce qui ne veut pas dire qu’il soit indolore.

Il s’agit de repousser de deux ans l'âge de départ à la retraite. Pour passer de 62 à 64 ans. Et potentiellement, cela pourrait se faire très vite. En octobre, on ajouterait deux lignes dans la loi sur le budget de la sécurité sociale et la mesure pourrait commencer à s’appliquer dès 2022. Ceux qui sont nés en 1961 travailleraient 6 mois de plus et partiraient donc à la retraite à 62 ans et demi. Puis 6 mois de plus tous les ans, si bien qu’on arriverait à un départ à 64 ans pour la génération née en 1964.

C’est simple, mais ce n’est pas ce que prévoyait le programme d’Emmanuel Macron. C’est même exactement ce qu’il avait promis de ne pas faire. Pendant la dernière campagne présidentielle, en mars 2017, Emmanuel Macron était très clair. “Il avait dit: “Je ne toucherai pas à l'âge légal, parce que ce n’est pas juste.

Le 12 mars 2017 sur TF1, il ajoutait: “Je ne modifierai pas l'âge de la retraite durant le quinquennat. Et je ne modifie pas les règles pour ceux qui sont à moins de 5 ans du départ”. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

Pourquoi ce changement de programme ?

Pour des raisons économiques et politiques. Les raisons économiques, on les connaît, ce sont toujours les mêmes. Apurer les comptes, réduire les déficits, tenir compte d'allongement de l'espérance de vie.

Les raisons politiques, c’est l’envie d’Emmanuel Macron de se représenter l’an prochain comme un réformateur “courageux”. Pas seulement comme le président qui aura géré l’épidémie.

Et puis c’est aussi couper l’herbe sous les pieds de la droite. Xavier Bertrand voulait faire de la retraite à 64 ans un élément clef de sa campagne. Si la mesure est déjà en vigueur, il devra trouver autre chose.

Enfin, l’allongement de la durée des carrières, c’est une mesure impopulaire, sauf auprès des retraités, forcément. Les plus de 60 ans représentent plus d’un Français sur 4 et il votent beaucoup plus que les autres.

Le pari envisagé par Emmanuel Macron est risqué, il peut mettre une partie de la France dans la rue, mais il peut aussi être payant électoralement l’an prochain.

Nicolas Poincaré