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"Nous n'avons rien appris du tout": où en est-on de la réforme des retraites avant les annonces d'Edouard Philippe ?

Manifestation contre la réforme des retraites à Rennes, le 10 décembre 2019

Manifestation contre la réforme des retraites à Rennes, le 10 décembre 2019 - Damien MEYER / AFP

Tandis que la mobilisation contre la réforme des retraites continue, les contours de cette réforme restent toujours floues, alors que le premier ministre doit donner les ultimes détails du projet. Mais que sait-on de la réforme actuelle ?

Alors que la mobilisation continue avec une nouvelle journée de manifestation pour dénoncer la réforme des retraites, le gouvernement ne montre toujours pas de signe de changement de cap. Lundi, les révélations du Parisien sur l'embarrassant "oubli" de Jean-Paul Delevoye, le Haut-commissaire aux retraites qui a omis de révéler dans sa déclaration d'intérêt qu'il était l'un des administrateurs de l'Institut de formation de la profession de l'assurance (Ifpass), ne l'ont pas empêché de continuer son travail et de rencontrer divers acteurs syndicaux et responsables du patronat.

"Nous n'avons rien appris du tout", a cependant assuré ce mardi matin sur RMC, François Asselin, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) présent à la réunion. "C'est une réunion qui a porté sur la synthèse des échanges pendant deux ans pour évoquer le fond la réforme", a-t-il précisé. Rien donc pour calmer la colère des syndicats. Et si Edouard Philippe doit dévoiler les ultimes arbitrages de la réforme des retraites mercredi, il prévient d'avance, il ne fera "pas d'annonces magiques qui puissent faire "cesser les manifestations".

En attendant les déclarations du Premier ministre, que sait-on de la réforme qui cristallise les tensions entre le gouvernement et les syndicats ? La réforme des retraites prévoit d'unifier les 42 systèmes de retraites en cours dans le monde du travail français, sous un unique régime universel par points, calculé sur l'ensemble de la carrière contre l'actuel calculé sur les 25 meilleures années de cotisation. Et le gouvernement l'assure, la valeur du fameux point ne diminuera pas en fonction de la conjoncture économique, contrairement à la Suède où celui-ci peut baisser en cas de déficit, comme ce fut le cas en 2010, 2011 et 2014 dans le royaume.

5 à 10 ans de retard, les régimes spéciaux perdants

Lundi, Jean-Paul Delevoye, a assuré les syndicats et les responsables patronaux du maintien de l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans, avec un départ anticipé pour les carrière longue et les métiers régaliens (policiers, travailleurs dans le domaine de la justice et militaires). "Quelqu’un qui commence sa vie professionnelle à 16 ans, il pourra partir en retraite à 60 ans", explique François Asselin. La loi qui garantit que que la valeur du point ne peut baisser, veut également garantir une pension minimum à 85% du SMIC soit 1000 euros, "alors que la retraite moyenne des agriculteurs est de 700 euros par mois", précise le président Confédération des petites et moyennes entreprises.

Et concernant le calendrier, celui-ci pourrait être chamboulé. L'arrivée du régime des retraites prévue pour 2025, pourrait être retardée: "Pour sortir de ce système où s’est envasé le gouvernement, qui annonce 2025, il faudra s’attendre à ce que ce soit repoussée à 5 à 10 ans de plus", estime François Asselin.

"Cette réforme ne doit pas être universelle pour certains et exceptionnelle pour d’autres. Il ne faudrait pas que certains régimes changent tout de suite et d’autres après s’être mis d’accord. Nous avions défendu à la CPME le fait de garder un régime de base universel avec des régimes complémentaires correspondant aux trois grandes catégories d’actif et que ces régimes complémentaires soient gérés avec une règle d’or, interdiction de s’endetter et s’affranchir de l’autorité de l’Etat", plaide François Asselin.

En attendant, les travailleurs soumis à des régimes spéciaux font entendre leur voix, eux qui pourraient être les grands perdants de la réforme. En effet, selon la Cour des comptes, les bénéficiaires des régimes spéciaux partiraient en moyenne plus tôt à la retraite que les autres et les départs avant 60 ans seraient majoritaires. Et si la réforme venait à passer, le passage légal de départ à la retraite passerait de 52 à 62 ans pour les agents de la RATP, mais en 2040 pour les premiers bénéficiaire du nouveau système.

Guillaume Dussourt