RMC

"Nous subissons des incivilités de plus en plus nombreuses": après le drame de Valence, l'émotion et la colère chez Pole Emploi

L'assassinat d'une conseillère de Pôle Emploi est un séisme pour les 50.000 agents du pays. Les 900 agences Pôle Emploi du pays vont garder porte close aujourd'hui. L'émotion est immense.

L'enquête se poursuit, après l'émotion. Les deux meurtres commis jeudi dans la Drôme puis en Ardèche, pour lequel un homme est en garde à vue à Valence, sont liés à un précédent homicide par arme à feu commis mardi dans le Haut-Rhin. Jeudi matin, le suspect domicilié à Nancy a tué par balle une conseillère dans une agence de Pôle Emploi à Valence, où il avait été inscrit jusqu'en 2013. Il a ensuite abattu la DRH d'une entreprise en Ardèche dont il s'était fait licencier dans le passé, avant d'être arrêté par la police. Très vite, les enquêteurs ont fait le rapprochement avec le meurtre d'une DRH, mardi dans le Haut-Rhin, suivi de l'agression d'un homme qui travaillait lui aussi dans les ressources humaines dans le même département.

Un drame de Valence qui touche tous les conseillers de Pole Emploi, qui ont tous respectés une minute de silence à 12h ce vendredi.

Une notification qui s'affiche sur son téléphone, puis les éclats de voix de ces collègues qui s'agitent, c'est comme ça que Guillaume, agent en Ile-de-France, prend connaissance du drame: "C'est un choc, c'est indéniablement un choc. C'est une surprise très douloureuse".

Responsable de l'accueil dans son agence, il s'identifie très vite à la victime: "On s'imagine très bien à la place de cette collègue. C'est assez terrifiant de se dire qu'on peut en arriver là".

>> Drame de Valence: l'assaillant impliqué dans deux autres affaires de meurtres dans l'Est de la France

Treize ans que Guillaume officie en tant qu'agent et qu'il constate un durcissement de ses conditions de travail:

"Le climat est de plus en plus difficile. Nous avons affaire à de plus en plus d'incivilités, des demandeurs d'emploi qui font des esclandres, qui hurlent. On a l'impression de devoir se justifier en permanence par rapport à un calcul ou une décision prise sur un dossier".

Une journée d'hommage ce vendredi

Un drame vécu parfois seul, dans un salon, c'est le cas de Louise. Cet agent pôle emploi dans le Sud, est en télétravail et ne comprend toujours pas: "On fait un métier que l'on aime, on fait un travail humain, voir qu'on peut en arriver à une extrême agressivité nous fait mal".

Les agences de Pôle Emploi seront fermées aujourd'hui, en signe de soutien, mais Louise en prendra le chemin ce matin pour y trouver un peu de chaleur: "Nous retrouver, faire ce deuil et pouvoir échanger entre nous sur ce qui s'est passé, que chacun puisse exprimer ses angoisses et ses peurs par rapport à cette situation". 

Et cette journée d'hommage est primordiale pour Sylvie Espagnolle, délégué syndicale centrale de la CGT Pôle Emploi: "Il est impossible de reprendre une activité comme si rien ne s'était passé. Chacun est émotionnellement touché, ce n'est pas le moment aujourd'hui, mais il faudra bien aborder les causes de ce drame".

"C’est un contexte de tension, de doute, de crainte. Cette politique gouvernementale [sur l’emploi et la réinsertion] envoie mes collègues en 1ère ligne face à des demandeurs qui sont souvent très grande difficulté. Malgré toute l’empathie et l’aide qu’on apporte, nous subissons des incivilités de plus en plus nombreuses qui vont de l’insulte à la violence physique", renchérit Stéphane Joncour, secrétaire du Conseil économique et social central de Pôle Emploi. Il était l'invité d'Apolline de Malherbe sur RMC. 

Et de confier son "inquiétude": "Nous vivons dans un contexte qui n’est pas fait pour rassurer. Le chômage continue à augmenter (…) les politiques de l’emploi (…) sont de plus en plus difficiles, ou je dirai même répressives. Nous sommes assez régulièrement soumis à ces incivilités, les agents de pôle emploi ne sont pas préparés à ça: on ne nous "apprend pas à maîtriser ces situations d’extrême tension". 

Depuis jeudi, de nombreux messages affluent dans les boites mail des conseillers: les demandeurs d'emplois se disent également "choqués" par ce drame. 

Alfred Aurenche avec P.B