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Réduire l’écart maximal de salaire dans le secteur privé? Ça fait débat sur RMC

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Dans certaines entreprises privées, le patron peut gagner 100 fois plus que ses employés. Un écart qui n'existe pas dans le public où le patron ne peut pas gagner plus de 20 fois le salaire moyen.

Le principe existe déjà dans les entreprises publiques, mais faut-il étendre l’écart maximal de salaire dans celles privées? Chez EDF, à la SNCF, à la Poste et dans les 1625 entreprises contrôlées par l’Etat, le patron ne peut pas toucher plus de 20 fois le salaire moyen. C’est-à-dire 450.000€ brut par an.

Mais dans le privé, il n’existe aucune règle. Et les écarts s’envolent. La rémunération moyenne des dirigeants du privé en France correspond à 100 fois plus que celle des salariés. C’est plus que chez la plupart de nos voisins européens, plus qu’au Japon, et plus qu’en Australie.

Sans compter que cet écart se creuse d’année en année. C’en est devenu insupportable pour les salariés selon Pauline Leclère, chargé des dossiers de justice fiscale et des inégalités à l’ONG Oxfam. 

"Quand on décide de s’attaquer aux inégalités, on décide de s’attaquer à tous les maux que les inégalités provoquent au sein des entreprises. C’est le sentiment de faire partie d’une même aventure. Hors, quand il y a des écarts de salaires qui prennent ces proportions, je le rappel un patron du Cac 40 touche 280 fois le SMIC par mois, on voit bien que le pacte social au sein de l’entreprise est rompu", explique-t-elle. 

L’idée de limiter l’écart des salaires n’est pas nouvelle. Elle date même de l’Antiquité. Pour Platon, le bon ratio était de 1 à 4. Pour le candidat Mélenchon en 2017, c’était de 1 à 20.

Les salaires des patrons plus élevés dans les autres pays

Dès 2012, François Hollande promettait une loi pour prohiber certaines pratiques excessives dans le secteur privé. Mais elle n’a jamais vu le jour. La Suisse et l’Allemagne, qui l’envisageaient aussi, y ont renoncé.

Et c’est bien normal tant l’idée est absurde pour Olivier Babeau, professeur d’économie, directeur du Think Tank Sapiens. Car il faut aussi tenir compte de la concurrence mondiale pour embaucher les plus grands PDG.

"Dans le salaire d’un grand patron, vous avez l’importance que peut avoir l’action d’un patron sur les 10.000, 50.000, voire 100.000 personnes dépendant de votre stratégie. Mais imaginez que les gens vont se lever beaucoup plus heureux parce que leur dirigeant a vu son salaire baisser, c’est illusoire. Derrière la morale, il y a surtout d’envie et ça, c’est typiquement français", affirme-t-il. 

Dans les pays anglo-saxons, les patrons sont bien mieux payés qu’en France. 200 fois plus que leurs salariés au Canada, 350 fois plus aux Etats-Unis. La palme revient à l’entreprise Weight Watchers, les recettes régime, le patron gagne 6000 fois plus que ses salariés.

Mais ces écarts de salaires doivent être rendus publics. C’est la loi aux États-Unis. Comme ça l’est, sous une forme différente, en France, depuis quelques mois avec cet amendement de la loi Pacte: les entreprises cotées en Bourse se doivent de publier l’écart entre le salaire du dirigeant et les salaires médians et moyens.

Matthieu Rouault avec Guillaume Descours