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Réforme des retraites: âge, pénibilité, régimes spéciaux… Ce que l'on sait et les incertitudes

Dans "Apolline Matin" ce mercredi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré fait le point sur le dossier de la réforme des retraites, avant les annonces officielles prévues la semaine prochaine.

C’est dans une semaine que l’on connaîtra les détails de la réforme des retraites. En attendant, Elisabeth Borne continue à consulter les partenaires sociaux et elle a donné quelques précisions. Ce que l’on sait, si la réforme est adoptée, c’est qu’on va devoir travailler plus longtemps. L'âge légal du départ à la retraite, qui est actuellement à 62 ans, va passer à 64 ou 65 ans.

65 ans, c'était ce que prévoyait le programme du candidat Emmanuel Macron. 64 ans, cela paraît aujourd'hui possible puisque Elisabeth Borne a indiqué ce mardi que les 65 ans n'étaient pas un "totem".

Le plus probable, c’est donc que l'âge minimum pour toucher une retraite soit progressivement décalé à partir de l’été prochain. Il serait de 63 ans en 2025, puis 64 ans en 2028. Et ensuite, on ne sait pas… On pourrait soit en rester là, soit poursuivre pour atteindre 65 ans en 2031. Soit ne pas trancher maintenant et reporter la décision à 2028.

Une autre piste serait d’allonger la durée de cotisation. Elle avait été évoquée par Emmanuel Macron en octobre. Il avait dit que l’on pouvait s’en tenir à l'âge de départ à 64 ans si, en contrepartie, on augmentait le nombre de trimestres nécessaires pour bénéficier d’une retraite à taux plein.

Actuellement, il faut avoir travaillé un peu moins de 42 ans pour toucher une retraite complète. Mais cette durée se rallonge progressivement. C’est l’application de la réforme Touraine, qui prévoit qu’il faudrait avoir travaillé 43 ans pour ceux qui sont nés après 1973.

Elisabeth Borne a indiqué ce mardi qu’il n'était pas envisagé de dépasser cette durée de 43 ans. Elle s’y est clairement engagée. Donc, Emmanuel Macron l'avait envisagé, mais non ce n’est plus d’actualité. Reste une possibilité qui est même une probabilité: accélérer la mise en œuvre de la réforme Touraine. Atteindre les 43 ans, non pas en 2035 comme prévu, mais plus vite.

Une retraite minimum à 85% du SMIC?

Il y a beaucoup d’autres incertitudes. On sait que le gouvernement veut tenir compte de la pénibilité mais on n’a, à ce stade, aucune précision sur ce qui sera décidé. Qu’est-ce qu’un métier pénible? A quel avantage auront le droit ceux qui ont exercé ces métiers? On ne sait pas… Mais d'après les informations de RMC, le gouvernement est prêt à faire un effort particulier pour les métiers du domaine de la santé.

Le gouvernement promet aussi un dispositif pour les carrières longues ou très longues. Ceux qui ont commencé à travailler avant 18 ans pourraient partir quatre ans avant l'âge légal. C'est-à-dire à 60 ou 61 ans. Cela reste à préciser…

Le projet pourrait aussi instituer une retraite minimum. Aucun retraité ne toucherait moins de 85% du SMIC, c’est-à-dire moins de 1.200 euros net par mois. A condition d’avoir une carrière complète. Mais on ne sait pas si la mesure s’appliquera aux nouveaux retraités à partir de l’été prochain ou si elle pourrait être rétroactive et concerner ceux qui sont déjà à la retraite et qui touchent moins de 1.200 euros.

Les fonctionnaires des catégories actives risquent de devoir travailler plus longtemps

Enfin, il y a la question des régimes spéciaux. Et là, attention, c'est un dossier explosif. Le gouvernement compte bien supprimer les régimes spéciaux qui permettent aux agents de la RATP, d’EDF ou de la banque de France, par exemple, de partir beaucoup plus tôt que les autres. Mais cette réforme ne s’appliquerait qu’au nouveaux recrutés, c'est-à-dire dans plusieurs dizaines d’années. C’est ce que l’on appelle la clause du grand-père. L’échéance est tellement lointaine que la pilule peut être avalée. C’est ce qui s'était passé à la SNCF il y a quatre ans.

Mais il reste la question encore plus sensible des fonctionnaires dits des catégories actives. Ce sont les policiers, les gardiens de prison, les aides-soignants, les contrôleurs aériens… Ils peuvent partir à la retraite entre 52 et 57 ans. Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, a indiqué aux syndicats que ces fonctionnaires d'actives vont devoir travailler plus longtemps.

Mais combien d'années en plus et à partir de quand ? On ne sait pas. Ce que l’on sait, c’est que la colère des forces de l’ordres, des aides-soignants ou des contrôleurs aériens peut être très, très dure à gérer. Les syndicats ont prévu de tous se retrouver mardi prochain, pour analyser les annonces et organiser leur réponse.

Nicolas Poincaré