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Réforme des retraites: faut-il s’attendre à un jeudi noir?

Dans "Apolline Matin" ce lundi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré fait le point avant les manifestations et les grèves prévues ce jeudi face à la réforme des retraites.

Faut-il s’attendre à un jeudi noir, cette semaine? Et au-delà, quelle sera l'ampleur de la mobilisation contre la réforme des retraites? C’est la question que tout le monde se pose… Et dont personne n’a la réponse. Il n’y a rien de plus hasardeux que les prévisions en matière de conflit social. Combien de fois a-t-on annoncé que la rentrée sera chaude, sans qu’il ne se passe rien… Combien a-t-on vu de fois de longues grèves éclater en plein hiver, sans que personne ne les ait vu venir…

Olivier Véran, le porte-parole du gouvernement, affirme qu'il n’imagine pas une “mobilisation massive”. A l'inverse, les syndicats annoncent des grèves “puissantes” ce 19 janvier. Et dans les deux cas, cela ressemble à la méthode Coué. Ce que l’on connaît en revanche, c’est le nombre d'appels à la grève. Là, on a du concret, et une union syndicale que l’on n’avait pas vue depuis plus de 12 ans. Dans les transports, à la SNCF et à la RATP, tous les syndicats appellent à la grève, il n’y a donc guère de doute que le trafic sera très, très perturbé jeudi, et on aura le détail mercredi.

L’ensemble de la fonction publique devrait être touché. Avec là aussi un rare front syndical. L’Education nationale sera certainement très impactée. Les profs font partie de ceux qui sont le plus remontés contre l’idée de travailler deux ans de plus.

Les policiers sont aussi appelés à manifester jeudi. Mais pas à faire grève. Parce que les policiers, comme les CRS et les gendarmes, n’ont pas le droit de grève. Les gardiens de prison et les juges non plus. Les policiers ont, en revanche, le droit de se rassembler et de manifester sur leurs jours de repos. Et les 13 syndicats de policiers ont appelé à manifester. Les policiers ont un système qui pour l’instant leur permet de partir dès 52 ans pour certains d’entre eux et à 57 ans pour avoir le taux plein. La réforme prévoit de les faire travailler deux ans de plus, soit un départ entre 54 et 59 ans. Ce qui ne passe pas.

Quelles suites après le 19 janvier?

C’est la suite du mouvement qui est incertaine. On sait qu'après jeudi, il y aura d’autres journées d’action. Dans le secteur de l'énergie, la CGT a déjà prévu une deuxième grève de 48h le 26 janvier, puis une troisième grève de trois jours le 6 février, avec la possibilité de bloquer les raffineries.

Mais pour le reste, les grandes centrales syndicales restent prudentes. Elles savent que la grève générale ne se décrète pas. Cela ne peut venir que de la base. Les syndicats savent aussi que jamais un gouvernement n’a retiré une importante réforme après quelques journées d’actions. Seuls les conflits longs et durs ont parfois entraîné le retrait d’une réforme.

En 2019, on avait connu deux mois de grèves perlées contre la réforme des retraites, mais le gouvernement n’avait pas reculé et finalement c’est en raison du Covid que le projet avait été abandonné. En 2006, c’est après quatre mois de blocages et de manifestations que Jacques Chirac avait renoncé au CPE, le Smic jeune. En 1995, les transports en commun avaient été totalement paralysés pendant trois semaines avant que le gouvernement Juppé abandonne sa réforme des retraites.

C’est donc ce que craint le gouvernement: un mouvement illimité. Mais il redoute également deux autres choses. Que les jeunes, les étudiants et les lycéens entrent dans la danse. Et que l’on voit apparaître des coordinations qui s’organisent sur les réseaux sociaux, hors de tout cadre. Et dans ces cas-là, les syndicats sont obligés de se radicaliser pour ne pas être dépassés. C’est ce qui s'était passé à Noël avec les contrôleurs de la SNCF.

La détermination des salariés des transports, la participation des étudiants, la création de groupes Facebook, c’est tout cela qui à ce stade n’est pas prévisible.

Nicolas Poincaré