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"Tout ce savoir-faire va disparaître": à Calais, le désespoir des salariés du dentellier Desseilles, menacé de fermeture

C’est un pan de l’histoire industrielle, un savoir-faire artisanal, qui est menacé à Calais.

La Dentelle de Calais va mal. L’une des dernières usines de dentelles, Desseilles, a été placée en redressement judiciaire la semaine dernière par le tribunal de commerce de Boulogne sur mer.

Il y a 3 ans, c’est un groupe chinois, Yongsheng, qui a racheté l’entreprise mais aujourd’hui, il dit stop. Les Chinois ont cessé de financer l’usine. 73 emplois directs et une centaine chez les sous-traitants sont menacés. Le tribunal a placé Desseilles en redressement judiciaire pour 3 mois, mais avec une audience intermédiaire le 18 juillet.

"On est fiers d’être tullistes. C’est un beau métier"

Sur place, entre désillusion et fatalisme, les salariés savent que le temps est désormais compté. Manuel Cappelle manie chaque jour ces grosses machines, des métiers à tisser vieux d’un siècle. Son métier de tulliste, il en parle avec passion: "On est fiers d’être tullistes. C’est un beau métier".

Mais en voie d’extinction, ils ne sont plus qu’une poignée à l’exercer. Plus pour longtemps en ce qui le concerne: "Vu la situation actuelle dans l’entreprise, je vais devoir m’orienter sur autre chose parce que j’y crois plus. Tout ce savoir-faire va disparaître".

"Ils ont utilisé notre savoir-faire, notre création"

L’usine est en redressement judiciaire depuis la semaine dernière, 3 ans après avoir été racheté par un groupe chinois. Renato Fragoli est représentant du personnel.

"On y a cru à ce projet. Investir 4 millions sur trois ans, l’achat de nouvelles machines, la rénovation des anciennes machines, la création d’une école aux métiers de la dentelle, c’était un beau projet. Le soufflet est vite retombé. Il n’y a eu aucun investissement. Ils ont utilisé notre savoir-faire, notre création, en laissant crever ici pour développer ailleurs, chez eux en l’occurrence".

"On n’a pas de trésorerie pour pouvoir payer le fil, la teinture"

Certains parlent de pillage, tous se sentent trahis. Et le compte à rebours est lancé. 400.000 euros à trouver d’ici le 18 juillet. Marc Bohler est responsable qualité.

"Le groupe chinois, Yongsheng, nous a lâché du jour au lendemain fin mai. Le problème aujourd'hui c’est qu’on n’a pas de trésorerie pour pouvoir payer le fil, la teinture donc sans ça, on ne peut pas livrer nos clients et dégager du cash. C’est un peu le serpent qui se mord la queue si je puis dire".

Faute d’argent frais ou de repreneur d’ici mi-juillet, le tribunal pourrait placer ce fleuron française de la dentelle de luxe en liquidation judiciaire.

Lionel Top (avec Caroline Petit)