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Vers un droit à la démission tous les cinq ans? "Je rêve que l'employeur ait un droit équivalent"

L'intérieur d'une agence Pôle emploi (photo d'illustration)

L'intérieur d'une agence Pôle emploi (photo d'illustration) - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Bientôt un droit à la démission? Tous les 5, 6 ou 7 ans, les salariés pourraient, sous certaines conditions, quitter leur emploi et toucher l'assurance chômage. Ce qu'ne démission sèche ne  permet pas. Si certains y voient un cheval de Troie pour baisser le montant des allocations, Jean-Luc Monteil, président du Medef PACA, souhaite pour sa part que les patrons disposent du même droit à se séparer d'un salarié tous les 5 ans.

Jean-Luc Monteil est le patron du Medef PACA et patron d'entreprises.

"J'ai deux réflexions devant cette réforme de l'assurance chômage. La première, c'est que de l'ouvrir aux salariés démissionnaires sous certaines conditions, c'est un peu incompatible avec la vision d'Emmanuel Macron, qui vise à réduire les déficits d'un régime structurellement déficitaire: 4 milliards par an, 38 milliards de dettes…

La deuxième, c'est que ce n'est pas spécialement novateur d'ouvrir l'indemnisation aux démissionnaires, puisqu'il y a déjà un système qui est très simple, qui est l'abandon de poste. Il permet à un certain nombre de salariés de se faire licencier par leur employeur. Et d'être indemnisé par Pôle d'Emploi. Et puisque que c'est in fine un licenciement, il n'y a pas de comptabilité particulière pour ces abandons de poste.

"Parfois, on vous plante"

Accepter un droit à l'indemnisation pour les collaborateurs démissionnaires tous les 5, 6 ou 7 ans? Pourquoi pas. Mais je rêve d'un pays qui soit juste. Qui permette d'avoir les mêmes droits et contraintes, qu'on soit employeur ou salarié, et que ce droit aux démissionnaires soit aussi ouvert à un employeur.

On s'investit humainement et techniquement avec un collaborateur que l'on forme. On confectionne des postes pour qu'ils soient complémentaires avec le reste des équipes. Et parfois, on vous plante. Parce que le job ne vous plaît plus, parce qu'il y a des aléas familiaux, etc. C'est dommage que le gouvernement ne traite pas aussi ce genre de sujets.

"Le bilan du gouvernement est à charge pour les entreprises"

Dans le projet du gouvernement, la cotisation de l'assurance-chômage ne sera plus supportée par la quote-part salariale. A partir du moment où vous ne cotisez plus, vous avez l'impression que le régime ne coûte rien. Comme quand vous vous faites rembourser les médicaments. Nous, on dit de faire attention, car cela peut déresponsabiliser les organisations syndicales qui négocient ce type d'accords.

Nous, on trouvait intéressant, comme d'autres pays européens, que la protection sociale soit assumée à part égale entre l'employeur et le salarié. Ca permet de responsabiliser les deux. Et d'avoir un système, même en situation de crise, plus ou moins équilibré.

Contrairement à ce que laisse penser la communication, les employeurs ne sont pas privilégiés par les mesures du gouvernement. On va réhausser le coût du travail dès janvier 2017. Nous n'avons n'ont pas l'impression que les ordonnances aient permis des avancées spectaculaires. Il y a un effet d'annonce pour faire croire que le gouvernement est pro-entreprise. Quand on enlève le vernis, c'est un bilan à charge pour les entreprises."

Propos recueillis par Paul Conge