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Une cagnotte pour rapatrier le corps d'un SDF réunionnais: "Il y a des jours où on désespère"

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Jean-Fred Gravina, un sans-abri réunionnais de 39 ans, est décédé le 28 octobre dans un incendie nocturne à Sorgues, ville voisine d'Avignon, rapporte France Bleu Vaucluse. Les habitants ont monté une cagnotte pour rapatrier son corps à La Réunion, où reposent ses parents. Jointe par RMC.fr, Najet Rahmani, d'une association de solidarité locale, témoigne de difficultés.

Najet Rahmani est membre de l'association Entraide Actions Citoyennes. Elle est à l'origine de cette cagnotte pour rapatrier de le corps du sans-abri réunionnais.

"Jean-Fred Gravina est arrivé de La Réunion il y a à peu près 17 ans pour du travail après une grosse dispute avec sa femme à l'époque. Il est arrivé dans un foyer à Sorgues. Il a travaillé un petit moment, puis s'est arrêté et s'est retrouvé dans la précarité. Moralement, c'était compliqué. Il avait un enfant, ne le voyais plus.

"Il s'est endormi avec sa cigarette"

Il a trouvé un petit cabanon de 8m2 dans une montagne sur Sorgues, qu'il s'est approprié. Il y a habité une dizaine d'années. Il y a une semaine, il s'y est endormi avec sa cigarette sur son petit matelas. Il n'est pas mort de brûlures. Il est mort d'intoxication, par la fumée. Il a dû se réveiller trop tard.

Jean-Fred, je le croisais tous les jours. Avec l'association Entraide Action Citoyenne, on l'a pris en charge pour des colis alimentaires, pour l'aider administrativement, sur ses papiers de CAF, de logement…

Tout le monde le connaît à Sorgues. Il était tout le temps avec son petit sac à dos, à aller de sa montagne à la ville, pour faire deux trois courses au magasin, puis repartir. Quand c'est paru dans les journaux, tout le monde dans cette ville, plus petite qu'Avignon, a su qui c'était. On se connait pratiquement tous. Je le connaissais assez bien, il m'appelait toujours "Madame". C'était un homme très respectueux. Il n'embêtait personne, il faisait son petit chemin, ses petites courses, toujours souriant et disant bonjour. C'était lui qui avait besoin d'aide, mais paradoxalement c'est toujours lui qui aidait les gens.

"On n'a que 246 euros…"

J'étais en contact avec les pompes funèbres, l'institut médico-légal de Nîmes. Il fallait impérativement que la famille se manifeste, sans quoi il serait enterré dans une fosse commune en tant qu'indigent. On a retrouvé sa marraine, et on a tout remué pour rapatrier le corps. Pour ça, on a besoin de 8.000 euros. Ce serait bien qu'il soit enterré à côté de son papa et sa maman, à La Réunion.

On a lancé cette cagnotte mais on a vraiment pas beaucoup. On n'a que 246 euros… Sa famille à La Réunion fait le même procédé. Ils feront un point ce soir. Il y a des jours où on désespère, parce que la cagnotte ne bouge pas."

Propos recueillis par Paul Conge