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Gabon: "Pour Ali Bongo, nous ne sommes que des sujets et même, pire, des animaux"

En tant qu'ancienne membre du ministère gabonais de la Famille, Laurence Ndong, auteure du livre "Gabon pourquoi j'accuse" (Editions L'Harmattan), a une vision très précise de ce qu'il se passe actuellement au Gabon. Ce vendredi sur RMC, elle remet en cause les résultats de l'élection présidentielle et appelle les Gabonais à "ne pas céder".

Tensions toujours très vives au Gabon. L'annonce de la victoire d'Ali Bongo à l'élection présidentielle mercredi soir a déclenché une vague de violences dans la capitale Libreville et dans le reste du pays. L'Assemblée nationale a par exemple été incendiée après l'annonce des résultats et la capitale a été quadrillée par les forces de sécurité. Les résultats officiels donnent Ali Bongo gagnant, 49,80% contre 48,23% pour son adversaire, Jean Ping. Soit un écart de 5.500 voix (sur un total de plus de 620 000 inscrits), fortement contesté par ce dernier.

"L'ensemble du vote n'a pas été truqué"

Invitée ce vendredi sur RMC, Laurence Ndong, auteure du livre "Gabon pourquoi j'accuse" (Editions L'Harmattan) et qui a travaillé pendant trois ans au ministère de la Famille au Gabon en tant que directrice générale adjointe de la promotion de la femme, à livrer son analyse de ce qu'il se passe actuellement sur place. "J'ai démissionné de mon poste à cause de la gabegie, de la corruption. J'avais réalisé que le pouvoir en place ne voulait pas changer le pays, assure-t-elle. C'est une oligarchie qui s'enrichit sur le dos du peuple et je ne voulais pas être comptable de cela".

Alors qu'un millier de personnes ont été arrêtées à travers le pays et que la communauté internationale fait pression pour que les bulletins soient recomptés, celle qui est désormais enseignante-chercheuse en science de l'éducation souligne dans Bourdin Direct que "l'ensemble du vote n'a pas été truqué". Et de s'ne expliquer: "Au fil des années, nous nous sommes habitués à ce régime qui fraude à chaque élection. Donc, nous essayons, nous aussi, de mettre en place des mesures pour parer à cette fraude."

"M. Bongo est dans le déni"

"Cette fois-ci, ils n'ont pas pu tricher dans les bureaux de vote, ils n'ont pas pu falsifier les procès-verbaux, poursuit Laurence Ndong. Ce qu'ils ont fait c'est qu'au niveau de la centralisation des scrutins, ils ont gonflé la population de la province du Haut-Ogooué pour rattraper les 60.000 voix qui séparaient Jean Ping d'Ali Bongo". "Ils ont même fait des modifications sur Wikipedia. Le 30 août, la population de cette province était de 59.000 habitants et le lendemain elle était de 228.000 habitants, argumente-t-elle encore. Et, comme par hasard, ces 228.000 habitants se sont déplacés à 95% pour aller voter. Et ils l'ont fait à 99,7% pour Ali Bongo. Il n'y avait donc pas de malades, pas de vieillards, pas d'enfants de moins de 18 ans, pas d'abstention…"

Pris à partie par la communauté internationale et l'opposition, le président gabonais Ali Bongo affichait jeudi sa fermeté, rejetant la responsabilité des violences qui ont fait trois morts après l'annonce de sa réélection sur des "groupuscules formés à la destruction". "M. Bongo est dans le déni, assène Laurence Ndong. Je ne sais pas s'il n'est pas au bord de la démence parce qu'il s'y en a qui se sont servis du Gabon pendant 50 ans, ce sont bien les Bongo. Aujourd'hui, ils sont plus riches que l'Etat gabonais."

"En sept ans, il a multiplié par trois la dette du pays"

Alors qu'il lui est rappelé que Jean Ping était un proche d'Omar Bongo, le père d'Ali, et qu'il a donc, lui aussi, participé à la corruption, Laurence Ndong estime qu'à un moment donné "il a pris ses responsabilités. Tout le monde, ces sept dernières années, a bien vu que le pouvoir d'Ali Bongo était pire que celui de son père. La preuve: il décime les Gabonais, ce que son père n'a jamais fait même au pire de la contestation."

"Il est déjà arrivé au pouvoir sur une fraude électorale et ne veut dialoguer avec personne. Alors la seule chose qui nous reste aujourd'hui, c'est la contestation, estime-t-elle. Les Gabonais n'ont cessé de dire que 2016 ne sera pas comme 2009. Nous contesterons parce que, pour une fois, il faut que nôtre vote soit entendu. Nous ne pouvons pas repasser sept ans avec Ali Bongo. En sept ans, il a multiplié par trois la dette du pays. Elle avoisine aujourd'hui les 50% du PIB. En sept ans, il n'a pas construit une école, une maternelle, pas une bibliothèque. Aujourd'hui, nous avons des salles de classe avec 200 élèves au collège. C'est insupportable !"

"Il est en train de tuer le Gabon"

"Pendant ce temps, il endette le pays. Tout ce qu'il sait faire, c'est divertir. Il a par exemple mis 863 milliards de francs CFA pour organiser la Coupe d'Afrique des Nations, ne décolère-t-elle pas. On ne peut plus ! Ali Bongo est en train de tuer le Gabon ! Tant qu'à faire, qu'il nous décime avec l'armée. Les Gabonais mangent à la déchèterie, les Gabonaises accouchent par terre. Avec Ali Bongo, c'est le chaos et s'il veut détruire le Gabon qu'il y aille mais nous ne céderons pas".

"C'est Ali Bongo qui a les armes. C'est lui qui tire sur le peuple. Il nous exterminera tous mais, cette fois-ci, nous ne nous laisserons pas faire, certifie Laurence Ndong. Et nous espérons que la communauté internationale qui prône les droits de l'homme, qui les défend de par le monde, réalisera que les Gabonais sont des humains et que nous avons besoin que l'on nous aide à ce que nos droits soient reconnus. Parce qu'Ali Bongo ne nous en reconnaît aucun. Pour lui, nous ne sommes que des sujets et même, pire, des animaux".