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Comment s'est vraiment passé "l'appel du 18 juin"?

EXPLIQUEZ-NOUS - L'appel du 18 juin est un discours radiophonique qui est entré dans l’histoire. Il est même classé par l’UNESCO, comme patrimoine de l’humanité.

Le 18 juin 1840, un taxi se gare devant l'entrée du siège de la BBC à Londres en fin d'après-midi. Un officier français sort de ce taxi, difficilement parce qu’il mesure presque deux mètres, 1,96 mètres exactement. Il est jeune, il a 49 ans, il a une cigarette au bec, il se présente à l'accueil et donne son nom: De Gaulle, Charles de Gaulle. On le conduit dans un studio d'enregistrement. Il sort un petit texte très raturé de sa serviette. Il s’installe derrière un micro et lance son appel. Il est 18 heures.

Les techniciens anglais l'enregistrant sur un disque. À 20h15, les programmes en Français annoncent que cet appel sera diffusé à 22 heures en ondes courtes et grandes ondes. Et Effectivement à 22 heures ce discours historique est diffusé une première fois. Il le sera de nouveau plusieurs fois dans les 24 heures qui suivent.

Malheureusement, on n’a pas gardé l'enregistrement. Les Anglais ont effacé le disque pour le réutiliser. Il n’y a pas de petites économies. On entend souvent la voix du général de Gaulle sur Radio Londres. Mais ce sont des discours des jours suivants, il n’y a pas de trace audio de l’appel du 18 juin. On voit aussi des images du général au micro de la BBC. Ce ne sont pas non plus des photos du 18 Juin. Il n’y avait pas de photographe.

S’il n’a pas été enregistré, comment sait-on exactement ce qui a été dit? 

Le général de Gaulle a fait parvenir son texte à la presse anglaise dès le 18 au soir. Le “Times” de Londres le publie le 19 au matin. Et des journaux régionaux français le reprennent le 19 dans leurs éditions du soir. Par exemple le “petit provençal” à Marseille. Sauf que ce texte dans la presse n’est pas celui qui a été prononcé à la radio. Il y a des nuances importantes. 

Ce qui a été exactement dit ce soir-là, seuls les services d’écoute de l’armée Suisse en ont gardé la trace. Ils ont scripté le discours, l’ont traduit en Allemand, et ironiquement, la version qui fait foi aujourd’hui encore, est une retraduction Suisse de l’Allemand vers le Français.

La différence entre ces deux textes, celui qui est donné à la presse et celui qui est prononcé à la radio, c’est la première phrase. Elle concerne le déshonneur du maréchal Pétain. Pour comprendre, on va remonter juste 24 heures en arrière. Le 17 juin , c’est la débandade. Les Allemands sont entrés dans Paris depuis trois jours, le gouvernement s’est réfugié à Bordeaux. De Gaulle est sur place, Pétain va annoncer dans l'après-midi que l’armée française cesse les combats et qu’il veut signer l’armistice. 

De Gaulle ne l’accepte pas. À l’aube, il rédige le brouillon de son appel. Puis il parvient à affréter un avion pour Angleterre. Il arrive à Londres dans l'après-midi du 17. Et aussitôt, il est reçu par le Premier ministre, Winston Churchill. Il lui demande l’autorisation d’utiliser la BBC pour lancer un appel contre l’armistice et pour la poursuite de la guerre. 

Un discours retouché

Churchill n’est pas très convaincu par le destin de ce général inconnu, mais dans le doute, il accepte. À condition que le texte soit revu par le ministre des affaires étrangères. Et c’est ce ministre Lord Halifax, qui va demander de retirer la phrase sur le déshonneur de Pétain. Les Anglais ne veulent pas insulter l’avenir. De Gaulle n’a pas le choix, il modifie son texte. C’est sans doute la première et la dernière fois que quelqu’un lui a tenu la plume et l’a forcé à dire ce qu’il ne pensait pas : que ce n’était pas un déshonneur de signer l’armistice avec les Allemands. 

Et finalement que dit-il dans cet appel? Il ne dit pas: “Nous avons perdu une bataille, mais nous n’avons pas perdu la guerre”. Cette phrase célèbre, il ne l’a prononcera que plus tard. Sur Radio Londres, mais pas le 18 juin. En revanche, il a une belle formule de conclusion. Il dit: “La flamme de la Résistance ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas”. 

Mais l'essentiel du message, c’est l’appel aux soldats français. “J'invite les officiers et les soldats français, qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement à se mettre en rapport avec moi. Tout est dans ce dernier mot: “Se mettre en rapport avec moi. “Je suis le chef. Ralliez-vous à moi.” 

Et ça va marcher. Dès le 19, les premiers Français libres arrivent à Londres. Le 22 juin, comme prévu, Pétain signe l’armistice, et accepte l’occupation allemande. Le 23 les Anglais ne reconnaissent plus le gouvernement de Pétain et reconnaisse au contraire un Comité National Français coordonné par de Gaulle. Le Général a gagné, il est le symbole de la résistance. Celui qui a sauvé l’honneur et permis cinq ans plus tard que la France soit dans le camp des vainqueurs, alors que sans lui, nous étions dans le camp des vaincus. Et tout cela s’est joué avec un discours à la radio, il y a 80 ans aujourd’hui.

Nicolas Poincaré