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Des Afghans rapatriés en France surveillés: "Changer de camp en Afghanistan, c'est arrivé fréquemment"

Régis Le Sommier, grand reporter, réalisateur de "Kaboul, au coeur des talibans", explique pourquoi sur RMC ce mardi matin ce ne serait pas si surprenant que certains Afghans qui ont aidé la France avec les évacuations des dernières semaines pourraient avoir déjà porté les armes des talibans.

Plus d'un millier d'Afghans ont été exfiltrés vers la France depuis le début des opérations d'évacuation de Kaboul le 15 août. Parmi eux se trouve un homme qui a aidé à l'évacuation de l'ambassade de France, mais qui est aussi présumé proche des talibans. Il a reconnu avoir porté des armes en tant que responsable d'un barrage taliban à Kaboul.

Selon les informations de BFMTV, cet homme né en 1991 a été rapatrié le 18 août dernier. Il a été placé sous surveillance avec 4 membres de sa famille dans un hôtel à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis) pour les besoins de sa période d'isolement sanitaire. Ces cinq hommes sont sous "surveillance de la DGSI" et font l'objet de mesures de "restriction de liberté" précise Gérald Darmanin.

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"Il y a un proverbe afghan qui dit: 'On ne peut jamais acheter un Afghan mais on peut le louer'"

Le paradoxe entre avoir aidé aux évacuations avec l'ambassade française et avoir porté les armes des talibans ne serait pas si étonnant que ça selon Régis Le Sommier, grand reporter, réalisateur de "Kaboul, au coeur des talibans", qui explique pourquoi sur RMC ce mardi matin.

"Il y a un proverbe afghan qui dit: 'On ne peut jamais acheter un Afghan mais on peut le louer'. C'est un pays qui a travers son histoire a marqué dans toutes ses guerres et malheurs, il y a eu énormément de seigneurs de guerre, de personnalités qui ont changé de camp. C'est arrivé assez fréquemment."

Il estime que la situation est rendue "ambigüe" par les talibans qui se sont montrés moins radicaux que lors de leurs précédentes prises de pouvoir.

"Les talibans ont réussi a créer une dynamique nationale, alors que le gouvernement afghan a échoué a créer une unité nationale. Les talibans ont réussi a gagner cette fois, de la popularité chez des minorités autrefois extrêmement réticents aux talibans. Ce ne sont pas uniquement des pachtounes du sud. Ils ont réussi à gagner de la popularité chez les Tadjiks, les Ouzbeks, même chez les Hazaras qui sont d'habitude très réticents aux talibans. Cela empreigne la société."

"Les talibans ne sont pas complètement hermétiques sur ce qu'il se passe à l'international, car ils ont tous des smartphones"

Régis Le Sommier a pu observer durant ses reportages le comportement des talibans qui a largement évolué par rapport aux années 2000.

"Depuis 10 jours, nous journalistes, essayons de venir en aide à ceux qui nous ont aidés. Le problème est de discerner qui est véritablement en danger, voir en danger de mort et qui est un opportuniste et qui va tenter d'utiliser ça pour arriver en Europe.
J'ai passé plusieurs jours avec les talibans et j'ai pu observer que les talibans ne sont pas complètement hermétiques sur ce qu'il se passe à l'international, car ils ont tous des smartphones. Certains parlent tous Anglais et j'ai été très surpris de ça, notamment parmi les jeunes. Ils l'ont appris à l'université de Kaboul, et que n'ayant pas de travail ils sont retournés dans leurs villages et les talibans les payent".

Une conquête par les villages qui a fini par faire tomber un pays entier.

"C'est une forme de mafia qui a très bien administré les zones. Ils ont commencé par conquérir les campagnes puis se sont attaqués aux villes. Ils les ont entourées et elles sont tombées comme des fruits mûrs."

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J.A.