RMC

Donald Trump président: "La culture de la peur a triomphé cette nuit de la manière la plus éclatante"

Le candidat républicain Donald Trump, sans aucune expérience politique, a remporté ce mercredi l'élection présidentielle américaine. Un séisme politique commenté sur RMC par Dominique Moïsi, politologue et géopoliticien.

Hillary Clinton a reconnu sa défaite. C'est donc Donald Trump, le candidat républicain, qui a été élu ce mercredi 45ème président des Etats-Unis. Une victoire totalement inattendue qui plonge les pays et le monde entier dans l'incertitude. Pour preuve, les marchés financiers avaient dévissé avant même l'annonce de sa victoire. Quelques instants après sa prise de parole, au cours de laquelle le milliardaire a notamment assuré qu'il serait "le président de tous les Américains", Dominique Moïsi, politologue et conseiller spécial de l'Ifri (Institut français des relations internationales) a analysé ces propos.

Alors que Donald Trump a aussi félicité son adversaire, Hillary Clinton, et appelé au rassemblement, le géopoliticien estime que ce discours "est le passage obligé d'un vainqueur": "J'aurais pu vous dire à l'avance ce qu'il allait dire et je crois que celui d'Hillary Clinton aurait été identique. Ça fait partie d'une tradition américaine." Concrètement, Donald Trump n'a pas abordé de sujets qui fâchent au cours de cette première prise de parole, "ce n'était pas le moment" estime Dominique Moïsi.

"La démocratie détruit la démocratie"

"Il est dans une phase d'un triomphe inespéré, improbable, impensable, argumente-t-il. Il fait donc preuve de modestie, de conciliation. Il est tel qu'il n'a pas été durant toute la campagne". "En 240 ans d'histoire américaine, il n'y a jamais eu un renversement aussi spectaculaire et aussi négatif, poursuit le politologue. Les comparaisons les plus dramatiques viennent à l'esprit: la chute de l'Empire romain; la montée des populismes en Europe dans les années 30; la démocratie, qui de la manière la plus démocratique, détruit la démocratie".

"On est donc forcés de revenir sur ces catégories historiques, de se demander si la crise des subprimes n'a pas été l'équivalent pour l'Amérique de la crise de 1929 pour l'Allemagne, analyse-t-il encore. De se demander si on n'a pas sous-estimé la douleur, la colère, l'esprit d'humiliation. C'est la revanche de l'homme blanc qui se sent menacé. Au fond, depuis des années, l'Amérique est obsédée par un débat sur son propre déclin. Dans un de mes livres, je parlais de la victoire d'une culture de la peur aux Etats-Unis. Et bien cette culture de la peur, nous l'avons vu triompher cette nuit de la manière la plus éclatante".

M.R avec Jean-Jacques Bourdin