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"Expliquez-nous": la Chine fête ses 70 ans dans la répression

La République populaire de Chine a fêté ce mardi son 70e anniversaire avec un spectaculaire défilé militaire à Pékin. Mais aussi avec de fortes répressions aux marches de l’Empire.

Pour fêter son anniversaire ce mardi, la Chine a montré sa force. Le plus grand défilé militaire de son histoire, 15.000 soldats, quatre fois plus que lors de nos défilés du 14-Juillet, des centaines de chars autant d’avions et… des bombes atomiques.

16 missiles intercontinentaux de 21 mètres de long, portant chacun 10 têtes nucléaires, et pouvant atteindre n’importe quelles villes d’Europe ou du territoire américain. Les bombes ont défilé sur d'énormes camions. 

Le message est claire: la Chine n’est pas seulement une grande puissance économique et commerciale. C’est aussi une puissance militaire et nucléaire. 

Célébrer la naissance de la Chine communiste

La naissance de la Chine communiste et la fin d’une longue guerre civile. 22 ans de guerre entre les communistes de Mao Tsedong et les nationalistes de Tchang Kai Chek. Le 1er octobre 1949, Mao proclamait la naissance de la République populaire. Mao, dont le régime sera responsable de la mort d’environ 70 millions de Chinois. Morts de faim à cause des politiques agricoles ou mort dans les camps de rééducation de la révolution culturelle. 

Des camps de rééducation qui refont surface

Des camps de rééducation ont fait leur apparition ces dernières années dans les régions à majorité musulmane au Xin Jiang, grande région au nord ouest où vivent en majorité les Ouïghours qui sont musulmans et qui parlent turque. 

Les Chinois y ont construit 150 camps, des goulags du 21e siècle. On estime qu’un million de prisonniers y sont détenus. Pékin affirme qu’il s’agit de camps de formation professionnel et de déradicalisation, voire des camps de rééducation par le sport.

Des prisonniers libérés ont décrit une tout autre réalité: des séances d’autocritique obligatoires comme au bon vieux temps de Mao. Des privations, des punitions à l'électricité, l’obligation pour ces musulmans de manger du porc surtout le vendredi. L’interdiction de prier ou de parler une autre langue que le chinois.

Il y a une dizaine de jours, sont apparues sur internet des images très impressionnantes. On y voit un transfert de prisonniers. De 400 à 500 hommes filmés par un drone. Ils sont agenouillés sur un quai de gare, enchaîné les uns aux autres. Les yeux bandés et le crane rasé, vêtus d’uniformes bleus. Lorsqu’on les déplace vers des autocars, ils sont tenus par deux gardes qui les obligent à marcher tête basse. 

Et d’un seul coup, on voit cet univers concentrationnaire décrit depuis quelques années par les organisations de défense des Droits de l’Homme. Les autorités australiennes ont été les premières à s’alarmer des ces images, qui montre selon elles, des transferts de prisonniers musulmans de leur région vers l'intérieur de la Chine.

Parallèlement à cette politique d’arrestation arbitraire massive, on assiste au Xin Jiang à une surveillance de la population jamais vu. Surveillance électronique et humaine. Les Chinois sont toujours plus forts pour pomper toutes les informations qui se trouvent dans un téléphone. Ils installent des codes barre à l’entrée des maisons qui permettent aux policiers de tout savoir sur les occupants. On peut par exemple être arrêté pour avoir cessé de fumer ou de boire de l’alcool: c’est considéré comme un signe de radicalisation. 

Pendant ce temps la contestation se poursuit à Hong Kong

Ce mardi pour la première fois, un policier a tiré avec son pistolet presque à bout portant sur un manifestant. Bilan des manifestations de ce jour anniversaire: 51 blessés dont 4 dans un état très grave. 

On comprend mieux la détermination de la population de Hong Kong. Les démocrates savent ce qui se passe dans le reste du pays et dans les régions musulmanes. C’est exactement ce qu’ils ne veulent pas.

Nicolas Poincaré