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"Expliquez-nous": mise en accusation de Trump, pourquoi c'est un vote historique?

Un vote historique cette nuit à Washington. La chambre des représentants a voté la mise en accusation de Donald Trump. Le président américain sera donc jugé par le Sénat et risque théoriquement la destitution.

Donald Trump est inculpé, mis en accusation pour deux crimes. Abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du congrès. Il lui est reproché d’avoir fait pression sur le président ukrainien pour qu’il enquête sur le fils de Joe Biden. 

Joe Biden est potentiellement son adversaire à la prochaine présidentielle. Son fils faisait du business en Ukraine. Donald Trump a demandé à son homologue ukrainien d'enquêter sur cette affaire. C’est établi. La question est de savoir s’il a exercé une sorte de chantage comme une aide militaire de 400 millions de dollars à l’Ukraine en échange d’infos compromettantes sur son adversaire. Ce serait un abus de pouvoir. 

L’autre mise en examen, pour entrave à la bonne marche du congrès, c’est parce que pendant l'enquête, Donald Trump a empêché de témoigner des hauts fonctionnaires de la Maison Blanche.

Donald Trump est furieux de cette mise en accusation. Il a écrit une longue lettre à la présidente de la chambre des représentants Nancy Pelosi. "L’histoire, lui dit-il, vous jugera sévèrement". Il lui reproche d'être en guerre contre la démocratie. Il parle d’une croisade odieuse, d’une tentative de coup d’état. Tout cela dans un courrier solennel. 

Puis Donald Trump a repris ses habitudes: le tweet et le tweet en lettre majuscule pour montrer sa colère. Il écrit: "Je n’ai rien fait de mal. Priez pour moi". Il parle d’une chasse aux sorcières contre lui, pire que la chasse aux sorcières de Salem.

Cela fait référence à un épisode célèbre du tout début de l’histoire américaine en 1792. 14 femmes avaient été pendues, soupçonnées d'être des sorcières. Trump estime qu’elles avaient eu plus de chance de se défendre que lui. En cette nuit pendant le débat, un député l’a même comparé à Jésus. Et dans son dernier Tweet après le vote Trump dénonce les atroces mensonges de la gauche radicale.

Que va-t-il se passer maintenant ? 

Un procès. Début janvier. Un procès en destitution devant le sénat qui sera transformé en tribunal. Le plus haut magistrat américain, le président de la cour suprême John Robert présidera les audiences. Deux députés démocrates seront les procureurs, Donald Trump sera représenté par ses avocats et les 100 sénateurs seront les jurés. 

Pour le reste, rien n’est écrit. Est-ce que des témoins seront convoqués, est-ce que Trump lui-même viendra se défendre, combien de temps durera le procès? Rien n’est écrit, tout fera l’objet de débats animés au sénat et de votes sur chaque question. Les textes prévoient simplement que le Sénat doit siéger sans discontinuer six jours par semaine jusqu'à la fin du procès.

Mais les sénateurs républicains sont majoritaires. Ils choisiront donc à chaque étape, la procédure la plus favorable au président. Par exemple, qu’aucun témoin ne soit entendu.

 Et à la fin, il y a peu de suspense: Trump sera acquitté. Pour le condamner et donc le destituer, il faudrait les deux tiers des sénateurs. 67. Alors que les démocrates n’ont que 47 sièges.

Troisième procès en destitution de l'histoire américaine

Donald Trump ne sera donc sans doute pas condamné, mais ce procès sera historique. C’est seulement le troisième dans l’histoire américaine. Le premier, c’était à la fin du 19ème siècle. Andrew Johnson avait été jugé dans un climat très tendu lié à la fin de la guerre de Sécession et à la question de l'esclavage. Il avait échappé à la destitution d’une voix seulement. 

Le deuxième procès en destitution, c’est celui de Bill Clinton en 1999. Accusé de parjure. Il avait juré ne pas avoir eu de rapports sexuels avec la stagiaire Monica Lewinsky. Alors qu’en fait…Il avait finalement été acquitté par le sénat. Puis condamné après son mandat à 25.000 dollars d’amende. 

Donald trump sera donc le troisième président en exercice à être jugé dans l’histoire de la démocratie américaine, depuis 230 ans. Et cela à 10 mois et demi des prochaines élections présidentielles où il est candidat à sa réélection

Nicolas Poincaré