RMC

"Expliquez-nous": pourquoi le Premier ministre britannique Boris Johnson veut-il mettre les Anglais au régime?

Le premier ministre, Boris Johnson anglais veut convertir les anglais au Sport et les mettre au régime. Il a lancé de grandes campagnes, et lui même donne l’exemple.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson mouille sa chemise pour plusieurs excellentes raisons. Parce que lui-même est trop gros. Il faisait au printemps 108 kilos pour un mètre 77. “Ce n’est pas bon”, dit-il avec raison, “d'être gras dans la cinquantaine".

Deuxième raison, il a été gravement malade du coronavirus au printemps, vraiment très malade, en réanimation, et les médecins lui ont dit que son surpoids avait aggravé son cas. Autre motivation, il est aussi jeune papa. À 56 ans, son petit dernier Wilfried-Nicolas a 4 mois. Et la maman 32 ans. 

Enfin dernière explication, il veut faire taire les rumeurs qui disent qu’il n’est pas totalement guéri. Autant de bonnes raisons pour maigrir et pour courir. 

Il vient d’embaucher le coach sportif des vedettes, connu pour son approche philosophique du sport et pour ses tarifs très élevés. Au programme avec lui, jogging tous les matins. Et sur les photos, on voit bien que c’est un calvaire. “Comme ça”, dit il, “il est sûr que rien de pire ne peut lui arriver dans le reste de la journée”. La reine l’a même autorisé à courir dans les jardins de Buckingham Palace.

C’est une révolution pour lui. Il suivait plutôt la devise de Churchill “no sport”, pas de sport. Célèbre devise prêtée à Churchill, qui était très gros, qui ne faisait aucun sport et qui buvait beaucoup de whisky, dès la fin de la matinée.

Pour Boris Johnson, c’est aussi une volte-face idéologique aussi parce qu’il a toujours été contre l'interventionnisme. Pour lui, ce n’est pas le rôle de l’état de se montrer “maternant”. Il n’aime pas les taxes sur ce qu’il appelle nos péchés, c’est-à-dire l’alcool ou les cigarettes. Il avait même critiqué une précédente campagne pour alléger les menus des cantines. Il disait “laissons nos enfants manger ce qu’il veulent”. 

Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et il a donc lancé cet été une campagne très ambitieuse. Interdiction à la télé de la pub pour la malbouffe avant 21 heures, interdiction de vendre des produits sucrés ou salés aux caisses des supermarchés, obligation pour les chaînes de restaurants de donner le nombre de calories de leurs plats et un encouragement au “sport sur ordonnances”. Les médecins peuvent prescrire l’achat de vélo qui seront en parti remboursés. Le gouvernement va aussi construire des pistes cyclables dans les quartiers populaires.

Le surpoids un vrai problème de santé publique en Grande-Bretagne

Les Anglais sont plus gros que les Français par exemple. 63% sont en surpoids dont 36% considéré comme obèse. Deux fois plus d'obèses que la moyenne mondiale. Un enfant sur trois est trop gros. Et cela aggrave la crise du coronavirus. On en est à 41.600 morts en Grande Bretagne, c’est le record d’Europe.

La présidente de l'association pour la recherche sur le cancer estime que l'obésité est à l’origine de 13 types de cancers différents qui touchent de façon disproportionnés les classes les plus défavorisées. 

Les Anglais ont même donné un nom médicale à ce phénomène. C’est ce que les médecins appellent officiellement le “Shit Life Syndrome”, le “syndrome de la vie de merde”.

Voilà, c’est le syndrome qui concerne les exclus de la société, ceux qui n’ont pas d’espoir et qui se réfugient dans la malbouffe, l'alcool, la drogue ou les anti-depresseurs. Ou bien dans les quatre à la fois. C’est un terme savant et récent pour dire ce que l’on savait déjà: qu’il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade. 

Mais si les médecins anglais prennent ce syndrome très au sérieux, c’est parce que l'espérance de vie n’augmente presque plus en Angleterre. Et même régresse dans certains quartiers populaires. À Londres, il y a 16 ans d’écart entre l'espérance de vie de Kensington, le quartier le plus riche et celle des quartiers de banlieues les plus pauvre.

Le plan ambitieux de Boris Johnson contre la malbouffe et pour le sport, pourrait donc être qualifié de grande offensive contre “la vie de merde”.

Nicolas Poincaré