RMC

Fille d'un prêtre, elle témoigne sur RMC: "C'était tabou, c'était la honte"

Des évêques de France vont recevoir des enfants de prêtres le 13 juin prochain. Un geste d'ouverture inédit sur cette question encore taboue dans l'Eglise.

L'Eglise française brise un énorme tabou et s'apprête à réaliser un geste inédit. Des enfants de prêtres seront reçus le 13 juin par des évêques. Des enfants cachés pendant des années pour ne pas montrer que des hommes d'église bafouent la règle du célibat, imposée par Rome.

Un geste d'écoute précieux pour Anne-Marie Mariani, présidente des Enfants du Silence, une association d'enfants d'ecclésiastiques qui a livré son témoignage à RMC.

Elle a toujours été une enfant de la honte, dit-elle, née d'un amour impossible il y a 68 ans en Algérie: "Mon père était prêtre à Oran. Tout ça, c'était tabou, c'était la honte".

La réputation de l'homme d'Eglise est en jeu et la paroisse fait tout pour éloigner le bébé: "J'ai passé mes trois premières années dans une famille d'accueil. On a proposé de l'argent à ma mère pour qu'elle disparaisse avec moi. C'était extrêmement dur ça".

"On a vécu en autarcie"

Des pressions courantes à l'époque, qui ne s'arrêteront jamais, même quand le couple quitte l'Eglise et s'installe dans le Var avec leur fille de 3 ans : "On a quand même vécu en autarcie. C'était des choses dont il ne fallait parler à personne"

Une vie de rejet dit Anne-Marie, blessée que le Pape ne se soit jamais adressé à ces enfants de prêtre: "On l'impression d'être une réalité passée sous silence, et aujourd'hui, j'ai besoin que l'on soit regardés comme des êtres humains à part entière"

Et elle espère que l'ouverture du dialogue avec les évêques de France soit un premier pas vers cette soif de reconnaissance.

Nicolas Traino avec Paulina Benavente