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Guerre en Ukraine: la France accusée de ne pas assez aider les Ukrainiens militairement

Selon une étude allemande, la France serait très loin des autres grandes puissances qui aident l'Ukraine militairement. Une affirmation que dément le gouvernement, qui affirme avoir fait le choix de la discrétion en ne rendant pas toutes les aides publiques.

C’est un reproche récurrent depuis le début de la guerre en Ukraine. La France ne serait pas à la hauteur de son rang, son aide militaire à l’Ukraine serait trop faible. Selon le classement d’un institut de recherche allemand, le Kiel Institut, la France est à la 11e place des pays qui livrent des armes à l’Ukraine, avec un montant total depuis le début de 230 millions.

Cent fois moins que les Américains, 16 fois moins que les Anglais, cinq fois moins que les Allemands. C’est un classement qui met la France au niveau des petits pays alors que nous sommes la première puissance militaire de l’Union européenne.

Sauf que Paris conteste ces chiffres. La France jusqu’à présent a choisi la discrétion. Toutes les aides ne sont pas publiques. Autrement dit, ces classements ne sont pas significatifs parce que personne ne dispose des vrais chiffres. C’est ce qu’a expliqué le ministre de la Défense lundi soir aux députés, mais sans donner de chiffres pour venir appuyer son propos.

En revanche, il a donné quelques précisions. La France a fourni depuis le début de la guerre des missiles antichar et antiaérien, des véhicules de transport de troupe Blindé, du carburant, une quinzaine de canons tractés et surtout 18 canons Caesar. Des canons qui sont parmi les meilleurs du monde, qui sont montés sur des camions et donc très mobiles. Ils coûtent 5 millions d’euros pièce. La France envisage d’en fournir 6 à 12 de plus. C’est certainement la contribution française qui a eu le plus d'impact sur le déroulement de cette guerre.

Des missions d'espionnage en cours?

Alors oui, la France pourrait faire plus, si elle le voulait. On pourrait par exemple livrer des chars lourds, les chars Leclerc, qui là encore font partie des meilleurs du monde, les seuls capables d’ouvrir le feu tout en roulant à 130 km/h. L’armée de terre en possède plus de 200 et pourrait en livrer quelques dizaines ce qui ferait une différence dans cette guerre. Sauf que ce serait un choix politique, une livraison d’armes lourdes qui nous engagerait dans trop loin dans ce conflit. Ce choix pour l’instant n’a pas été fait.

En fait, la France a surtout un problème de stock. L'armée de terre a déjà du mal à constituer des réserves de munitions et de matériels pour elle-même. On n’a pas les moyens d’en fournir beaucoup plus aux Ukrainiens.

En revanche, la France fournit des renseignements et de la formation. Dès le début de la guerre, les satellites militaires français ont été pointés vers l’Ukraine et ont aidé les Ukrainiens à suivre les déplacements de l'armée russe. Une aide certainement moins efficace que celles des Américains, mais pas anecdotique non plus. En matière de formation, des militaires ukrainiens ont été accueillis dans le Var à Canjuers pour apprendre à utiliser les canons Caesar. Et il y a aujourd’hui un projet pour envoyer des militaires français former les Ukrainiens en Pologne. Cela pourrait commencer avant Noël.

Mais est-ce que des militaires français sont actuellement présents en Ukraine? Officiellement non. Aucun soldat français n’est présent en Ukraine mis à part ceux qui protègent l’ambassade de France à Kiev.

Mais il n’est pas exclu que secrètement des militaires soient sur place. La France dispose d’un régime dont la spécialité est le renseignement clandestin en zone de guerre. C’est le 13e RDP avec des hommes formés pour être parachutés, pour se cacher dans des trous et observer les lignes de front. On saura dans 20 ou 30 ans si ces dragons parachutistes sont actuellement en Ukraine.

Par ailleurs, Georges Malbrunot, spécialiste des questions militaires au Figaro, a affirmé mercredi qu’une cinquantaine d’hommes du service action de la DGSE était déployée sur le terrain. Notamment pour aider les Ukrainiens à exploiter les renseignements satellitaires que la France leur envoie.

Nicolas Poincaré