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Guerre en Ukraine: "Les Russes ont bombardé des couloirs humanitaires en Syrie, ils vont le refaire"

En Ukraine, l'urgence est à l'évacuation des civils, notamment à Marioupol, la ville portuaire assiégée par l'armée russe et où les victimes se comptent par milliers. Des accords sur la constitution de couloirs humanitaires temporaires ont été trouvés mais un ancien médecin militaire en Syrie alerte: la Russie ne respecte pas toujours ces corridors d'évacuation.

Au 26e jour de la guerre en Ukraine, 10 millions de personnes ont fui leur domicile et les combats. Les réfugiés prennent principalement la direction de l’ouest et de la ville de Lviv, la base arrière proche de la frontière polonaise et relativement épargnée pour l'instant.

"C'est une population terrorisée, effrayée, qui se déplace en grand nombre et sans cesse", explique ce lundi sur RMC Raphaël Pitti, ancien médecin militaire, spécialiste en médecin de guerre et médecin humanitaire au sein de l’Union des organisations de Secours et soins médicaux (UOSSM). "Il faut s'attendre à ce que ces 10 millions de déplacés cherchent à fuir vers des pays voisins", ajoute-t-il.

Et le sentiment, c’est que la guerre s’installe durablement. Les troupes russes, qui ont subi de lourdes pertes, avancent très peu. Devant l’échec d’une attaque éclair, la stratégie a changé. Certaines villes ukrainiennes, comme Marioupol, sont assiégées et les populations et zones résidentielles bombardées. Conséquence, les victimes civiles sont nombreuses. À Marioupol justement, où 80% des bâtiments ont été détruits, près de 2.100 personnes auraient été tuées depuis le début de l’invasion russe le 24 février dernier, selon Kiev.

"La vie n'a pas d'importance pour les Russes"

Pour permettre l’évacuation de la ville, des couloirs humanitaires sporadiques vers l’ouest et les zones contrôlées par l’Ukraine ont été mis en place. Mais le danger règne, même sur ces routes. "La Russie ne respecte pas ces couloirs. Il ne faut pas s’attendre à la voir respecter quoi que ce soit. La vie n'a pas d'importance pour les Russes, ils sont sur un logiciel de l'URSS. Il ne faut rien attendre d'eux. Ils ont un objectif, ils veulent absolument le réussir et foncer vers cet objectif. Ils ont déjà bombardé des couloirs humanitaires en Syrie, ils vont le refaire", prédit le praticien.

La situation ukrainienne rappelle d'ailleurs à Raphaël Pitti ce qu'il s'est passé en Syrie, où l'ancien médecin militaire s'est rendu plusieurs fois pour former ses collègues syriens et soigner les populations. "C'est la même situation que ce qu'on a vu en Syrie pendant 10 ans, les populations tentent de fuir les villes puisque la guerre est essentiellement urbaine", assure-t-il.

Et comme avec les réfugiés syriens, les réfugiés ukrainiens pourraient être manipulés. Pour Raphaël Pitti, les autorités russes pourraient les "instrumentaliser" et les "diriger" vers l’Europe: "En 2015-2016, 1,5 million de Syriens sont arrivés, posant un vrai problème d’organisation. Cette fois, on estime que déjà 3 millions d’Ukrainiens ont quitté le pays. Cela va nous poser un vrai problème d'organisation, il y a déjà une tension sur les logements sociaux en France".

Guillaume Dussourt