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Guerre en Ukraine: pourquoi la livraison de chars français est surtout symbolique

Dans "Apolline Matin" ce jeudi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré revient sur l’annonce par Emmanuel Macron de la livraison de chars de combat légers à l’Ukraine.

Après les canons Caesar, la France va livrer à l’Ukraine des chars de combat légers. Emmanuel Macron l’a annoncé ce mercredi à Volodymyr Zelensky. C’est une première. Et l’Elysée y voit la preuve du soutien de la France à l’Ukraine “jusqu’à la victoire”.

Ce sont des AMX 10 RC, des chars montés sur roues, équipés d’un canon de 105 millimètres. Pas vraiment des armes très offensives mais plutôt de très bons engins de reconnaissance, habiles, amphibies, c'est-à-dire capables de traverser des rivières, et équipés de caméras thermiques pour tirer la nuit ou dans le brouillard…

Mais ce n’est pas de l’ultra moderne. Ils ont été conçus dans les années 1970 et livrés à l'armée française il y a plus de 40 ans. Mais cela reste de très bons chars, nous assure un général de cavalerie.

L’armée française en possède environ 230, qui sont progressivement remplacés par de nouveaux Jaguars plus performants. Ces AMX 10 ne devraient donc pas manquer à l'armée de terre. On ne sait pas combien de blindés seront livrés mais cela devrait se compter en dizaines.

L'Elysée affirme que la France est le premier pays à livrer des chars de conception occidentale à l’Ukraine… en oubliant que les Allemands, à l’automne dernier, avaient fourni une vingtaine de chars Guépard qui sont de très vieux blindés lourds, équipés de canons antiaériens, des armes de défense.

Pour être précis, ce serait donc une première pour des blindés occidentaux destinés aux combats terrestres.

Est-ce que cela veut dire que la France entre un peu plus en guerre au côté de l’Ukraine ? Certains dénoncent un risque de co-belligérance. Mais cette aide française ne va certainement pas changer le sort de la guerre. On va livrer quelques dizaines de chars légers alors que la Russie possède plus de 12.000 chars lourds et l’Ukraine environ la moitié, plus de 6.500.

Ces blindés auront militairement moins d'impact que les 18 canons Caesar que l'on a déjà livrés ou même que le renseignement que l’on fournit depuis les premières heures du conflit. C’est surtout symboliquement que l’annonce est importante, elle prouve un engagement français qui ne faiblit pas.

L’Ukraine veut des chars d'assaut lourds

La France est le 5e contributeur à l’effort militaire en faveur de l’Ukraine. Derrière les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la Pologne. Mais en réalité, tous très loin derrière les Etats-Unis qui fournissent à eux seuls la moitié de l’aide à l'Ukraine.

Et les Ukrainiens réclament depuis longtemps l'envoi de blindés. Volodymyr Zelensky a bien sûr remercié la France pour ces chars légers mais à vrai dire, l'armée ukrainienne attend surtout des chars d'assaut lourds. Des chars Leclerc français qui sont parmi les meilleurs du monde, mais pour l’instant ce n’est pas l’ordre du jour… Mais les Ukrainiens en veulent surtout aux Allemands qui avaient promis leurs chars Léopard mais qui n’ont jamais tenu leur promesse. Le chancelier OIaf Scholz a finalement considéré que c'était une ligne rouge qu’il ne voulait pas franchir.

Ces livraisons françaises interviennent à un moment où le front ne bouge plus. Depuis la chute de la ville de Kherson, abandonnée par les Russes le 11 novembre dernier, les positions sont restées stables.

Un événement a tout de même marqué les esprits ces derniers jours, c’est le bombardement du soir du réveillon à Makiïvka.

Plusieurs centaines de réservistes russes, récemment mobilisés, avaient été logés dans une école désaffectée. Le 31 décembre, ils ont tous appelé leur famille pour leur souhaiter une bonne année. Et c’est ce trafic téléphonique inhabituel qui a permis aux Ukrainiens de repérer ces militaires et de les bombarder. Six missiles Himars fournis par les Américains ont touché l’école et ont tué au moins 89 soldats russes.

Depuis, des voix se sont élevées à Moscou pour dénoncer l'incompétence de l’état-major, qui a massé des centaines de soldats au même endroit et qui les a laissées téléphoner.

Nicolas Poincaré