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Italie: comment Giorgia Meloni et l'extrême droite sont arrivées au pouvoir

En Italie, la coalition des droites a largement remporté les élections législatives de dimanche. Giorgia Meloni, fondatrice du part Fratelli d'Italia, qui a obtenu le plus grand nombre de suffrage, devrait logiquement devenir la prochaine Première ministre du pays.

C’est une femme d’extrême droite qui pourrait devenir présidente du Conseil Italien. Giorgia Meloni s’est largement imposée et dans la soirée, dimanche, elle s’est présentée sur scène au siège de son parti brandissant une pancarte disant “Merci l’Italie”. L’alliance des trois partis de droite et d'extrême droite obtient entre 40 et 44% des voix. Le parti qu’elle a fondé, Fratelli d’Italia, est le premier parti d’Italie avec 22 à 26% des suffrages.

En termes de sièges, la coalition remporte une très large majorité à l'Assemblée et au Sénat. La logique voudrait donc que Georgia Meloni devienne la prochaine Première ministre. Elle serait ainsi la première femme à diriger l’Italie. Et le pays deviendrait un des premiers des grands pays fondateurs de l'Europe dirigé par l'extrême droite. Ce qui, naturellement, marque une nouvelle percée des populistes et des nationalistes en Europe après la réélection triomphale de Viktor Orban en Hongrie ou la victoire en Suède d’une coalition soutenue par l'extrême droite.

Giorgia Meloni préside un parti qu’elle a fondé et que les commentateurs italiens qualifient de post-fasciste. C'est-à-dire un parti créé avec les héritiers de Mussolini, mais qui a su récemment se démarquer de la droite la plus radicale. Sa devise est “Dieu, Patrie, Famille”. Giorgia Meloni a promis de protéger les familles contre le lobby LGBT et de protéger l’Italie contre l’islamisation. Les questions d’immigration étaient au cœur de sa campagne.

Ce qui a fait le succès de Giorgia Meloni, c’est d’abord la création de cette alliance de trois parties. Condition indispensable pour pouvoir espérer gagner. Ces trois partis, ce sont les frères d’Italie, de Giorgia Meloni, la Ligue, de Matteo Salvini, et Forza Italia, le parti de l’insubmersible Silvio Berlusconi, 86 ans. C’est un peu comme si en France, on avait eu aux législatives une alliance du Rassemblement National, de Reconquête d’Eric Zemmour et des Républicains.

Une relation avec l'UE déjà compliquée

Et ce qui s’est passé, dans un deuxième temps, c’est qu’au sein de cette alliance, c’est Giorgia Meloni qui s’est imposée. Parce qu’elle a fait une bonne campagne, parce qu’elle s’est dédiabolisée, qu’elle a mis de l’eau dans son vin, mais aussi parce que ses partenaires se sont effondrés. Matteo Salvini a été rattrapé par son amitié avec Poutine et par des soupçons de financement de son parti par les Russes. Quant à Berlusconi, il a fait du Berlusconi. Plaisantant sur son succès auprès de femmes et sur son goût pour les jeunes femmes, alors que cela fait longtemps que ces pitreries ne font plus rire les Italiens.

Résultat, Forza Italia fait moins de 8% des voix, la Ligue de Matteo Salvini un peu plus de 8% et Giorgia Meloni, plus beaucoup plus que ses deux partenaires réunis. C’est une victoire par KO.

Désormais, elle va devoir faire ses preuves, elle qui n’a qu’une petite expérience de gouvernement. Elle n’a été que brièvement ministre de la Jeunesse. Elle va devoir essayer de durer, ce qui sera difficile avec ses deux partenaires Berlusconi et Salvini qui l'attendent au tournant. Elle va certainement donner des gages à ses électeurs en prenant des premières mesures contre l’immigration et pour la natalité et les familles.

Elle va aussi devoir gérer une situation économique difficile puisque l’Italie a la dette la plus importante d’Europe après la Grèce. Et c’est pour cela qu’elle devra composer avec l'Europe. Elle ne peut se passer de l’aide de Bruxelles et des milliards du plan de relance.

La semaine dernière, Ursula ,on der Leyen, la présidente de la Commission, avait laissé entendre qu’elle allait surveiller l’Italie et qu’en cas de manquement à l’Etat de droit, l'Europe dispose d'instruments. Une sorte d’ingérence qui a été très mal vécue en Italie. Les Italiens ont en tout cas voté dimanche à l'extrême droite, plus qu’aucun pays européen ne l’avait jamais fait depuis la deuxième guerre mondiale.

Nicolas Poincaré