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Jeux olympiques d'hiver de Pékin: pourquoi les appels au boycott se multiplient

Les Etats-Unis, l'Australie ou encore la Grande-Bretagne vont faire un boycott diplomatique des JO de Pékin cet hiver. Une vingtaine d'intellectuels ont également signé ce jeudi matin une tribune dans le Figaro.

À deux mois des Jeux olympiques d’hiver à Pékin, les appels au boycott se multiplient. Des philosophes, écrivains, scientifiques qui estiment que les sportifs français ne devraient pas se rendre à Pékin, ne devraient pas participer à cette opération d’enfumage d’un État militaro-policier totalitaire. Et le texte évoque les droits de l’homme piétinés, le président à vie, Xi Jinping qui surveille et lave le cerceau de sa population.

Un appel qui a le mérite d’exister, mais qui n’a aucune chance d'être suivi d’effets. Parce qu'à ce stade, aucun pays n’a sérieusement envisagé un boycott complet de ces Jeux olympiques d’hiver. Un boycott complet, cela veut dire n’envoyer aucune délégation, aucun sportif, ne pas participer du tout.

Quatre grands pays anglo-saxons viennent pourtant d'annoncer un boycott “politique” de ces jeux. C’est l'Amérique de Joe Biden qui a pris l’initiative lundi, rejointe mercredi par la Grande-Bretagne, l’Australie et le Canada. Un boycott politique, c’est très différent d’un vrai boycott. Cela veut dire que les athlètes de ces quatre pays vont bien participer aux Jeux, mais qu’il n’y aura aucun représentant officiel à la cérémonie d’ouverture.

C’est, à vrai dire, assez symbolique puisque ce n’est pas dans la tradition que les chefs d'État se déplacent en masse pour des Jeux olympiques d’hiver, surtout en période de Covid. Ce boycott politique ne change donc pas grand chose dans les faits, mais c’est tout de même un coup de tonnerre. Un acte diplomatiquement extrêmement agressif. Les autorités chinoises l’ont bien compris. Elles affirment que les Etats-Unis “paieront” pour cette décision. Paieront le prix de ce mauvais coup. Ces mots sont très forts.

Au contraire, Pékin fait mine de mépriser le boycott de l’Australie, en disant, “tout le monde se fiche de savoir si des officiels australiens viendront ou pas”. Mais il ne faut pas s’y tromper, les Chinois sont furieux de ce camouflet.

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Qu’est-ce qui justifie ce boycott des Anglo-saxons?

C’est avant tout la situation des Ouïghours qui est mise en avant. Les Ouïghours, c’est une minorité musulmane victime d’une répression dans la région du Xinjiang. On estime qu’un million de prisonniers sont détenus dans des camps et soumis au travail forcé. On a aussi de solides preuves de campagnes de stérilisation des femmes ouïghours.

On avait déjà eu l’occasion de parler ici d’un rapport effrayant sur les méthodes chinoises pour faire baisser la natalité dans ces régions musulmanes par une politique de contraception imposée, c'est-à-dire la pose de stérilets. Ou encore par une méthode radicale, en séparant les époux par l’enfermement dans des camps des maris, ou des femmes ou des deux.

C’est cette politique que les Américains et leurs alliés veulent condamner en ne se rendant pas aux Jeux olympiques.

Au-delà de la question des droits de l’homme, les Etats-Unis et la Chine ont d’autres sujets de discorde. Les deux supers puissances s’opposent sur quasiment tous les sujets. Sur les règles du commerce, sur Taiwan, l'île indépendante que Pékin rêve toujours d'annexer, sur la suprématie militaire dans le Pacifique. On peut parler d’une nouvelle Guerre froide entre Pékin et Washington, de tensions très inquiétantes. Et c’est pour cela que cette affaire de boycott olympique ne doit pas être prise à la légère.

Et la France ? Comment se positionne-t-elle?

La France n’envisage pas de rejoindre les Etats-Unis, l'Angleterre, le Canada et l'Australie. C’est même le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui l’a annoncé ce jeudi matin face à Jean-Jacques Bourdin sur RMC. “La France ne le fera pas. Nous devons être attentifs sur le rapport entre le sport et la politique. Le sport doit être préservé au maximum des interférences avec la politique. Sinon, on finira par tuer l’ensemble des compétitions”, a-t-il assuré.

Nicolas Poincaré