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Le général émirati Al-Raisi, accusé de torture, élu président d'Interpol

LE PORTRAIT DE POINCA – Le général émirati Ahmed Nasser Al-Raisi, visé par plusieurs plaintes pour "torture" en France et en Turquie, a été élu jeudi à Istanbul président d'Interpol, a annoncé l'agence de coopération policière

Sa candidature avait fait polémique. Mais il a tout de même été désigné.

Le général émirati Ahmed Nasser Al-Raisi, visé par plusieurs plaintes pour "torture" en France et en Turquie, a été élu jeudi à Istanbul président d'Interpol, a annoncé l'agence de coopération policière.

"M. Ahmed Nasser Al-Raisi (...) a été élu au poste de président", a indiqué Interpol sur Twitter. 

Il faisait campagne depuis l'an dernier pour accéder à la présidence de l'agence de coopération policière, avec une unique candidature face à lui, celle de la Tchèque Sarka Havrankova.

La fonction de président est essentiellement honorifique - le vrai patron de l'organisation étant son Secrétaire général général Jürgen Stock, renommé pour un second mandat de cinq ans en 2019, qui assure la gestion des affaires courantes -, mais des organisations de défense des droits de l'Homme et des élus européens s'étaient opposés à l'élection de M. Al-Raisi, estimant qu'elle porterait atteinte à la mission d'Interpol.

Qui est-il? 

Ahmed Nasser Al-Raisi est un brillant fonctionnaire qui est entré dans la police d’Abu Dhabi il y a plus de 40 ans. Surdiplômé des meilleures universités anglaises, il a gravi tous les échelons jusqu'à devenir le plus haut responsable des forces sécuritaires des Emirats Arabes Unis. Sur son site internet, il se vante d’avoir modernisé la police, il y a même un projet de motos volantes pour les policiers de Dubaï et il est fier d’avoir créé une "direction du bonheur" au ministère de l'Intérieur. Voilà pour la façade.

Et voilà ce qui lui permet de postuler au poste de président d’Interpol, l’organisation de coordination de toutes les polices du monde dont le siège est à Lyon.

Sauf que ce général fait l’objet de plusieurs plaintes venant notamment de deux Anglais. Le premier est un jeune universitaire qui a été accusé d'espionnage aux Emirats, arrêté, torturé, condamné à la prison à vie et finalement gracié et expulsé.

Le second est un jeune homme de 26 ans qui était en vacances à Abu Dhabi et qui a eu la mauvaise idée de porter le maillot de l’équipe de foot du Qatar. Or, faire la promotion du Qatar aux Emirats est un délit. Les deux monarchies pétrolières se détestent. Le jeune Anglais a été emprisonné, battu, électrocuté et brûlé avant d'être relâché un mois plus tard. Les cicatrices qu’il portait en arrivant à Londres, ne laissent pas de doute sur la réalité de son récit.

Ces deux Anglais affirment que le général Al-Raisi est personnellement responsable des mauvais traitements qu’ils ont subis. Et ils ont décidé de ne pas le lâcher.

Ils portent plainte dans tous les pays où le général se rend. La Turquie aujourd’hui, la Norvège et la Suède récemment mais surtout la France. Et élément étonnant: désormais élu, le policier émirati viendra au siège d’Interpol à Lyon où il pourrait être arrêté, ce qui ferait mauvais genre pour le premier flic du monde. Mais un apaisement est possible: peut-être parce que les Emirats viennent de faire un chèque de 50 millions d’euros à l’organisation. Le plus gros don jamais reçu par Interpol.

En octobre 2020, dix-neuf ONG, dont Human Rights Watch (HRW), s'inquiétaient déjà du choix possible du général émirati, "membre d'un appareil sécuritaire qui prend systématiquement pour cible l'opposition pacifique". 

Nicolas Poincaré