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Le nouveau gouvernement allemand a dévoilé son programme: ce qu'il contient

"EXPLIQUEZ-NOUS" - Les Allemands connaissent désormais le programme du gouvernement.

L'Allemagne devrait avoir un nouveau chancelier le 6 décembre. Les trois partis qui ont gagné les élections en septembre sont parvenus à un accord. 

C’est le propre de la démocratie allemande. D’abord, on établit le programme et après, on l’applique. Ce qui est assez carré. C’est juste le contraire de la démocratie française ou d'abord on élit un président et ensuite, il fait ce qu’il veut.

Le 26 septembre dernier, au vu des résultats des législatives, les trois partis arrivés en tête ont décidé de tenter de former une coalition. A condition de parvenir à un accord de gouvernement, non pas sur les grandes lignes, mais au contraire sur tous les détails. Depuis plus de deux mois, des groupes de travail ont été constitués, les représentants de ces trois partis ont négocié pied à pied et en deux mois, ils ont écrit cette feuille de route. Un contrat de coalition de 177 pages.

Deux mois de négociation, c’est considéré comme extrêmement rapide. En 2017, Angela Merkel avait mis 5 mois pour former sa coalition, ce qui avait paralysé le pays.

Ce programme contient des mesures très concrètes

Par exemple, la libéralisation de la vente de cannabis, c’est page 87 du programme. Nous introduisons la distribution contrôlée du cannabis à des fins récréatives.

Des boutiques agréées vont ouvrir. Cela permettra de contrôler la qualité et d'empêcher la distribution de substances contaminées. Le programme ne le précise pas, mais cela permettra aussi de faire rentrer de l’argent dans les caisses puisque naturellement, ce cannabis de qualité sera taxé.

Le salaire minimum va augmenter. Ce n’est pas une promesse électorale, c’est une mesure actée. On sait quand et de combien. Le SMIC horaire va bondir de plus de 20% passant de 9h60 brut de l’heure à 12 euros. Ce qui représente une augmentation de 400 euros par mois pour les petits salaires.

Autre mesure très concrète. Les verts souhaitaient imposer la limitation de vitesse sur autoroute à 130 km/h, comme dans tout le reste de l'Europe. Mais les libéraux y étaient opposés et les libéraux ont gagné cette négociation. Ils héritent du ministère des Transports et les Allemands pourront continuer à rouler à 200 à l’heure ou plus dans les lignes droites. Très concret encore, l’abaissement du droit de vote à 16 ans, contre 18 actuellement.

Les verts ont obtenu un programme très écolo

Les Verts étaient arrivés deuxième aux législatives. Ils ont donc légitimement réclamé de gros ministères et des mesures fortes. L’Allemagne va doubler le nombre de ses éoliennes, et il y en a déjà beaucoup. En 2030, une voiture sur trois sera une voiture électrique. À la même date, le pays espère sortir du charbon. Ce sera donc huit ans plus tôt que prévu. Et le charbon sera remplacé par les énergies renouvelables qui représenteront 80% de la production d'électricité. C’est extrêmement ambitieux. Les verts dirigeront un grand ministère de l'Économie, de l'énergie et du climat. Et leur candidate Annalena Baerbock sera ministre des Affaires étrangères. Elle va mener une politique très pro-européenne.

En revanche, la politique financière restera très rigoureuse. Là-dessus, on ne plaisante pas. Le patron du parti libéral sera le gardien des clefs du coffre, ministre des Finances. Christian Lindner est un orthodoxe opposé à tout dérapage budgétaire. Le nouveau chancelier socialiste Olaf Scholz est sur la même ligne. Il était jusqu'à présent ministre des Finances d'Angela Merkel, elle-même sur la même ligne. C’est ce que l’on appelle le consensus des gens sérieux. La constitution allemande interdit les déficits supérieurs à 0,39 du PIB. Ce que prévoit le programme, c’est d’oublier cette règle constitutionnelle l’année prochaine à cause du Covid, mais de revenir à l’équilibre et a la rigueur dès 2023. Cela veut dire qu'Emmanuel Macron ou son éventuel successeur n'aura pas d’allier à Berlin pour une politique du “quoi qu’il en coûte”, ou pour une politique de partage des dettes.

Reste la question de la crise du Covid. Que prévoit le contrat de coalition ?

Rien ou presque, malgré l’extraordinaire accélération de l'épidémie. C’est la limite de ces programmes de parti. Tout ne peut être prévu d’avance et le prochain gouvernement gérera la crise en fonction des événements. Il a par exemple été question d'étendre l’obligation de vaccination qui ne concerne pour l’instant que les militaires. Mais il n’y a pas eu de consensus et ce n’est pas dans le contrat. Même si plusieurs présidents de régions envisagent différentes formes d’obligation de se vacciner.

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C’est aussi ça la différence avec la France. Toutes les décisions importantes ne viennent pas de la capitale.

Nicolas Poincaré