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Pourquoi le Parlement européen estime que la Hongrie n'est "plus une véritable démocratie"

C'est une décision très forte qu'on prise les députés européens jeudi. Ils ont statué sur le fait que le pays de Viktor Orban, la Hongrie, n'est plus une démocratie. Ils dénoncent notamment un recul des droits dans le pays.

La Hongrie n’est plus une véritable démocratie. C’est ce que le Parlement européen a proclamé jeudi en adoptant une résolution. Les députés européens dénoncent les reculs de l’état de droit dans le pays de Viktor Orban.

C’est une déclaration solennelle assez spectaculaire puisque les députés européens estiment qu’un des 27 membres de l'Union européenne n’est donc plus une démocratie. La Hongrie serait aujourd’hui plus une autocratie qu’une démocratie, ou en tout cas un régime hybride entre les deux.

En cause, la justice de ce pays qui n'est pas indépendante, la nouvelle constitution qui restreint les droits des parlementaires, la mainmise du gouvernement sur les universités, la mainmise des proches de Viktor Orban sur les médias, l'espionnage des journalistes, ou encore les lois discriminantes contre les homosexuels. Voilà, entre autres, ce que dénonce le rapport du parlement de Strasbourg. Il était présenté par une députée écologiste française, Gwendoline Delbos-Corfield et il a été adopté à une très large majorité. La Hongrie a aussitôt réagi en disant que ce rapport était une insulte.

Avortement, corruption...

Les eurodéputés dénoncent aussi une nouvelle loi sur l’avortement. Un amendement à la loi sur l’avortement qui est entrée en vigueur jeudi justement. Il stipule qu’avant tout avortement, un médecin devra faire entendre à la femme qui avorte, le bruit des battements de cœur du fœtus. Elle devra l’écouter au moins quelques secondes. C’est un parti d'extrême droite qui a défendu cette mesure en expliquant qu’elle correspond bien à un pays chrétien digne de ce nom. Amnesty International dénonce un traumatisme pour les femmes.

La Hongrie avait déjà été pointée du doigt par la Commission européenne pour la corruption qui règne dans le pays. Viktor Orban, sa famille et ses amis sont soupçonnés d’avoir mis la main sur l’essentiel de l’économie hongroise. On cite par exemple Lorinc Meszaros. C’est un copain d’enfance du Premier ministre, Viktor Orban, il était dans la même classe à l’école primaire. Il est ensuite devenu technicien chauffagiste jusqu’à l'arrivée au pouvoir de son ami. Et depuis, il a connu une réussite fulgurante. Il est devenu milliardaire et l’homme le plus riche du pays. Son empire contrôle des banques, dont celle qui a financé la campagne présidentielle de Marine Le Pen. Il possède des hôtels et surtout des médias, qui bien sûr ne disent jamais de mal du gouvernement.

La Hongrie promet des progrès

Autre très belle réussite financière, celle du gendre de Viktor Orban. Il a fait fortune à la tête d’une entreprise qui a rénové l'éclairage public dans un grand nombre de communes hongroises. Ce qui est tout à fait honorable. Sauf que ces rénovations étaient payées avec des fonds européens, et généralement attribuées à “monsieur Gendre”, sans mise en concurrence. Bruxelles a estimé avoir subi un préjudice de 50 millions d’euros et a demandé à être remboursé. C’est pour cela que le rapport du parlement de jeudi affirme que la famille même de Viktor Orban accapare des fonds européens.

Bruxelles et Viktor Orban qui se livre à une sorte de bras de fer permanent. Au printemps dernier, la Commission européenne a menacé la Hongrie de suspendre certaines subventions. Un mécanisme a été utilisé pour la première fois, mécanisme dit de conditionnalité. Les subventions ne seraient versées qu'à condition que la Hongrie fasse de vrais efforts pour lutter contre la corruption. Et c’est important parce que la Hongrie, parmi les 27 membres de l’Union, est le pays qui, par habitants, reçoit le plus de subventions européennes.

Viktor Orban a donc pris la menace au sérieux et promis des progrès. On en est là, et on ne pourra pas aller beaucoup plus loin, puisqu’il n’existe aucune procédure qui permette d’exclure un pays de l’Union européenne. On peut sortir de l’Europe comme l'Angleterre l’a fait, mais on ne peut pas en être viré.

Nicolas Poincaré