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Présidentielle au Brésil : l'église évangélique, l'arme (pas si) secrète de Jair Bolsonaro

Au moins un Brésilien sur trois est évangélique. Une réserve de voix convoitée par les candidats à la présidentielle de dimanche et une arme redoutable utilisée par le clan Bolsonaro dans sla campagne

C'est l’un des trois lobbies les plus puissants du Brésil. L’église évangélique est centrale dans le pays du Christ rédempteur. Au moins un Brésilien sur trois est évangélique. C’est une réserve de voix très convoitée pour les candidats au second tour de l'élection présidentielle de ce dimanche, l'ex-président de gauche Lula et le chef de l'État sortant d'extrême-droite, Jair Bolsonaro. Il suffit de se balader dans Rio de Janeiro pour comprendre l'importance de cette communauté religieuse: ces églises évangéliques sont partout, à chaque coin de rue.

A l’intérieur, pendant les cérémonies, il n’est pas seulement question de religion. Les pasteurs parlent aussi politique. Et ils le font aussi en ligne, sur les réseaux sociaux. Silas Malafaya, directeur de l’une des plus importantes églises évangéliques du pays et soutien de Bolsonaro, est devenu influenceur religieux. Il partage ses opinions sur Youtube. Et pas seulement sur la religion, mais aussi sur la campagne présidentielle en cours. "Lula dit que la famille traditionnelle, avec un homme et une femme, c'est dépassé. On va dire non à Lula. Il veut nous flouer", peut-on entendre dans une de ses vidéos.

Une défiance, une tension chez les évangéliques

Sur internet, la parole se libère. Mais quand on a souhaité pousser la porte de ces églises à Rio, ça a été beaucoup moins simple: aucun pasteur ne parle sans autorisation. Impossible de filmer ou d’enregistrer dans l’église. Vendredi, notre reportrice sur place a tout simplement été mise dehors fermement après avoir sorti son micro. À la sortie, toujours le même silence et la même défiance.

A 24h du scrutin, on mesure l’importance de cet électorat au niveau de tension qui l’anime. Alda a accepté de répondre à nos questions. Elle votera pour Bolsonaro dimanche, et cette dame de 72 ans ne s’étonne pas qu’on parle politique à l’église: "(Le pasteur) donne des orientations mais n'oblige personne à voter."

Sauf qu'en réalité, les "orientations" ou les "conseils" n'en sont pas. "C'est clair que ce que Lula promet affectera notre religion: il interdira, fermera des églises et opprimera des pasteurs", estime Alda, à la sortie du culte. Un condensé de ce que les pasteurs évangéliques diffusent à leurs fidèles: des contrevérités pour faire peur. C’est la force de Bolsonaro d’avoir créé des relais sur le terrain, aux quatre coins du Brésil… grâce à ces pasteurs.

Des autels pour tribunes

Depuis le début de son mandat, il y a quatre ans, il y a plus de cérémonies, plus d’églises et donc plus de pasteurs. Et leur discours dans les églises est plus politique, et s'est même radicalisé. L’église évangélique est une arme redoutable pour le clan Bolsonaro et qui affichent, eux-même, leur foi: sa femme est une fidèle et lui s’est baptisé quelques jours avant sa première élection.

Les églises font campagne. "C'est nouveau par rapport à 2018. C'est une instrumentalisation qui est faite par le camp Bolsonaro" explique Christina Vital, chercheuse à l’Institut d’études sur les religions.

"Les églises évangéliques prennent les autels pour des tribunes. Ça ne s'est jamais vu au Brésil", juge-t-elle.

L'église évangélique brésilienne, relais du pouvoir bolsonariste. C'est un fait pris tardivement en considération par Lula, dans la campagne présidentielle. Pour rattraper son retard sur cet électorat, le candidat de la gauche a rédigé une lettre aux fidèles. Mais mais elle arrive trop tard. Sur le terrain, ses soutiens le mesurent.

Il faut aussi noter qu'au Brésil, le mélange des genres entre religion et politique est interdit par la loi. Mais dans les faits, les autorités sont dépassées par le nombre de plaintes déposées.

Caroline Philippe à Rio de Janeiro (avec MM)