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Routes d'Europe: même si ils travaillent, de nombreux allemands vivent sous le seuil de pauvreté

Alors qu'on ne recense que 3,1% de chômeurs en Allemagne, les travailleurs pauvres fleurissent dans le pays. Le gouvernement de droite s'oppose toujours à un Smic européen.

En Allemagne, les inégalités n’ont jamais été aussi fortes depuis la réunification, dévoile cette semaine l’Institut allemand des études économiques. Alors que les 10% les plus riches ont vu leurs revenus augmenter de 13% selon l’étude, le nombre d’Allemands qui vivent dans la pauvreté a été multiplié par deux depuis le début des années 90.

Même si un salaire minimum a été instauré, les travailleurs pauvres sont la face sombre d’une économie allemande florissante, qui affiche un taux de chômage de 3,1% (8,8 en France).

C’est le cas d’Andreas est un habitué du Job-center : "Je viens ici une fois par mois", explique à RMC ce Berlinois de 55 ans, titulaire d’un master, employé dans un institut de sondage quelques heures par semaine seulement. Ici, on appelle ça un "mini-job".

La pauvreté ne cesse de gagner du terrain

"Je cherche un boulot à temps complet mais pas n’importe quoi non plus. Quelque chose qui me convienne. À mon âge, je ne pourrais pas grimper sur une grue ou travailler dans le bâtiment", raconte-t-il

Si le taux de chômage en Allemagne est de 3,1%, les emplois précaires sont légions. Andreas, lui, doit se contenter de 750 euros par mois: "J’ai de la chance entre guillemets: je n’ai pas d’enfants. Je ne fume pas, je ne bois pas. L’an dernier, par exemple, ma télé est tombée en panne et j’ai été obligé de récupérer celle de ma vieille tante. Ce n’est vraiment pas évident".

Pour survivre, de plus en plus de travailleurs pauvres fréquentent les banques alimentaires. Jeudi midi, une trentaine de personnes patientent devant les portes de cette association: "Vous avez ici des fruits et des légumes. On va les distribuer à nos bénéficiaires", raconte Edda Straakholder, qui dirige ce centre. Et elle est catégorique : la pauvreté ne cesse de gagner du terrain en Allemagne.

Un smic à 9 euros de l'heure

"On a eu un boom ces dernières années des gens qui travaillent et qui vivent sous le seuil de pauvreté. Ce sont des gens qui n’ont pas pu profiter de la bonne santé économique du pays", explique-t-elle.

Et les responsables sont les dirigeants allemands dénonce Katina Schubert, à la tête du parti de gauche Die Linke à Berlin. Elle plaide pour une Europe sociale : "Il faut à tout prix stopper la course aux salaires les plus bas au sein de l’UE. C’est pour cela qu’il faut un salaire minimum européen. En Allemagne, il dépasse à peine 9 euros. Ça ne suffit pas pour vivre". Le Smic européen est défendu par Emmanuel Macron. Mais la droite au pouvoir en Allemagne le refuse catégoriquement.

Nicolas Ropert, Thomas Chupin (avec Guillaume Dussourt)