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Un an après l'explosion de Beyrouth, de nombreuses questions restent sans réponse

Le jour du drame, les autorités font une promesse: les responsables devront rendre des comptes. Est ce que cette promesse a été tenue?

Le 4 août 2020, une explosion dans le port de Beyrouth fait 214 morts, plus de 6.500 blessés et dévaste des quartiers entiers de la capitale. Un an après, l'explosion est toujours un mystère. Qu'est-ce qui a causé cette explosion? Pourquoi du nitrate d'ammonium, un produit chimique très explosif, était stocké dans le port? Qui était au courant? De nombreuses questions sont encore sans réponse.

Une version est défendue par les autorités. Celle d'un cargo géorgien qui transportait plus de 2000 tonnes de nitrates d'ammonium. Le bateau a dû s'arrêter dans le port en 2014 car il était en trop mauvais état. Un juge aurait alors autorisé son déchargement et le stockage de sa cargaison dans un entrepôt.

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Mais selon un rapport, ce ne serait pas 2000 tonnes de nitrates d'ammonium qui auraient explosé il y a un an, mais plutôt plusieurs centaines de tonnes.

Où est passé le reste? Une enquête d'un journaliste libanais évoque deux hommes d'affaires syriens, deux hommes qui seraient proches du régime de Bachar-el-Assad.

L'un d'entre eux a d'ailleurs été mis sous sanction américaine pour avoir tenté de livrer en 2014 des engrais chimiques au régime de Bachar-el-Assad.

Une question est donc sur toutes les lèvres, ce nitrate d'ammonium a-t-il pu servir aux bombes incendiaires dont se sert le régime syrien?

Un juge d'instruction libanais tente de remuer ciel et terre pour en savoir plus. Mais il se heurte à une classe politique qui se protège et se cache derrière l'immunité. Certaines personnalités qui ont osé en parler ont d'ailleurs mystérieusement disparu ces derniers mois.

En tout cas, un an après, la population libanaise semble à bout de souffle

Un enfant sur trois reste traumatisé par l’explosion, selon une enquête de l’UNICEF. À cela, s’ajoute une crise économique et sociale sans précédent. La pire crise économique qu'un pays ait connu selon la Banque mondiale. En mars 2020, le Liban annonce qu'il croule sous une dette de 92 milliards de dollars, soit 170% de son PIB. Le pays est en défaut de paiement. Mais le secteur financier est un moteur clé du pays.

Le Liban sombre alors dans une énorme crise financière. La livre perd 90% de sa valeur par rapport au dollar.

Et comme le pays importe la majorité de ses besoins, principalement en dollars, les prix flambent et le pouvoir d'achat des Libanais chute. Certains produits de première nécessité voient leur prix multiplié par quatre. Il y a des pénuries de médicaments, d'essence et des pannes d’électricité. Dans le même temps, le chômage explose. Et la pauvreté grandit. Un Libanais sur deux vit désormais sous le seuil de pauvreté selon l’ONU. Et aucune réforme n’est mise en place pour contrer tout ça.

En plus de la crise sociale et économique, le Liban traverse une grave crise politique. Le pays ne parvient toujours pas à former un gouvernement. Malgré les pressions de la communauté internationale.

Des aides pour relever le pays

Après l'explosion, il y a un an, le Premier ministre a démissionné. Saad Hariri a été nommé par intérim pour mettre en place une équipe et lancer des réformes structurelles. Mais il n'a pu gérer que les affaires courantes. Et il a démissionné le 15 juillet dernier.

Problème, la formation d'un nouveau gouvernement et le lancement de ces réformes structurelles sont essentiels pour permettre de débloquer des milliards de dollars d'aides promises par le FMI.

De nombreux experts accusent la classe politique de maintenir un système qui sert plus ses intérêts que ceux des Libanais.

Avant l'explosion, un grand mouvement de contestation avait vu le jour. Les manifestants dénonçaient notamment la corruption des élites. Et appelaient au changement du système. Mais la crise sanitaire et l'explosion à Beyrouth ont stoppé le mouvement dans son élan.

Une nouvelle conférence internationale se tient ce mercredi, elle est présidée par la France. Objectif, réunir une aide humanitaire d'urgence de 300 millions d’euros.

280 millions d'euros avaient déjà été levés lors d'une première conférence l'année dernière. Cette fois, il faut couvrir les besoins de plusieurs domaines en urgence, l’alimentation, l’éducation, la santé, l’assainissement de l’eau.

Mais ces aides ne suffiront pas à relever le pays, selon plusieurs experts, car elles sont ponctuelles et que la crise est trop profonde.

Margaux Bourdin avec Guillaume Descours