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L'inquiétude des policiers après Magnanville: "Le risque de se faire attaquer chez soi est bien réel"

TEMOIGNAGES - Deux jours après le drame de Magnanville, les policiers ont obtenu, ce mardi, le droit de porter leur arme en permanence, y compris hors service, que l'on soit sous le régime de l'état d’urgence ou pas. Pour autant, l'inquiétude demeure chez les forces de l'ordre.

Ce mardi, le ministère de l'Intérieur a accepté le principe d'autoriser les policiers à porter une arme, hors service, même en dehors de l'état d'urgence. Cette autorisation est actuellement en vigueur mais elle devait prendre fin le 26 juillet. Une mesure demandée par plusieurs syndicats, mais loin d'apaiser les inquiétudes. La preuve avec Paul, gardien de la paix de 23 ans rencontré par RMC au commissariat de Saint-Ouen, en banlieue parisienne.

"Obligé de redoubler de vigilance"

Car lorsque le jeune homme s'est engagé dans la police, il y a quatre ans, il était conscient des risques le concernant mais il était loin d'imaginer que ses proches puissent être eux aussi en danger. Ce qui le met hors de lui. "Je suis en colère. Il ne faut pas oublier que même si nous sommes des policiers, nous restons avant tout des hommes et des femmes, des pères et mères de famille", témoigne-t-il. Il ajoute: "On a choisi de faire ce métier, on a été formé à réagir sur des situations à risque. Mais défendre toute sa famille, c'est très compliqué".

Alors quand il rentre chez lui, le soir, Paul ne quitte plus son arme de service. "Maintenant on se rend compte que l'on est également une cible lorsque l'on rentre chez nous. Donc on est obligé de redoubler de vigilance. On regarde autour de nous. Si l'on voit des gens suspects, on regarde où sont leurs mains, raconte-t-il. J'ai même un collègue qui va chercher ses enfants avec son arme, au cas où." Une arme que les policiers pourront donc désormais porter sur eux en dehors du travail, état d'urgence ou non. Une mesure qui rassure Paul.

"Je suis en permanence armé"

"Même au-delà de l'état d'urgence, si toutefois il s'arrête un jour, si toutefois la menace s'arrête, ce privilège et cette responsabilité d'avoir notre arme, même si ce n'est pas la seule façon d'intervenir, peut nous apporter une certaine sérénité dans nos actes quotidiens, certifie-t-il. Garder des policiers, hors service, armés, c'est un moyen de renforcer le maillage policier sur le territoire. Ils vont pouvoir intervenir dans des conditions de sécurité plus adaptées à la menace actuelle".

Pour autant Paul a-t-il envisagé de quitter la police? L'idée ne l'a pas effleurée une seconde et puis surtout, ajoute-t-il "c'est dans ces moments-là que le pays a le plus besoin de ses policiers". Greg, 44 ans, policier à Roubaix, se dit lui aussi conscient des risques qu'il prend en portant l'uniforme. Il se prépare désormais à une menace sur sa vie privée: "On est conscient que le risque de se faire attaquer chez soi est bien réel. J'étais déjà vigilant, je suis en permanence armé, mais il est certain que dorénavant je vais l'être encore plus pour épargner au maximum ma famille. J'ai du mal à concevoir que mon travail puisse avoir des conséquences sur ma femme et mes enfants. C'est difficile à accepter".

Maxime Ricard avec Juliette Droz