RMC

Les femmes, grandes perdantes de la réforme des retraites complémentaires

-

- - AFP

TEMOIGNAGES - Dans une tribune publiée sur Mediapart, plusieurs organisations appellent les syndicats à ne pas signer l'accord de principe conclu avec le patronat sur les retraites complémentaires Agirc-Arrco, qui "aboutirait à pénaliser encore plus lourdement les femmes".

Incitation à travailler plus longtemps via un système de bonus-malus, moindre revalorisation des retraites, fusion des régimes Agirc-Arrco... Telles sont les principales mesures de la réforme des retraites complémentaires qui doit être signée ce vendredi. Concrètement, à partir de 2016, le salarié qui a atteint l'âge légal de la retraite (62 ans), avec toutes ses annuités (41,5 ans), verra sa retraite complémentaire amputée de 10% pendant au moins deux ans.

"On ne cotise pas quand on ne travaille pas"

Pour ne pas pâtir de ces malus et conserver un taux plein, à partir de 2019, il devra travailler un an de plus et ainsi partir à 63 ans. A l'inverse, ceux qui travaillent deux, trois ou quatre ans de plus, verront leur régime complémentaire bonifié respectivement de 10, 20 ou 30%, pendant un an. Mais cet accord ne réjouit pas tout le monde. En effet, les femmes seront particulièrement pénalisées par cette réforme.

Par exemple, Pascale a 53 ans et, comme beaucoup de femmes, cette comptable a dû s'arrêter de travailler pour élever ses deux enfants. "J'ai pu me permettre effectivement d'allier ma carrière et l'éducation de mes enfants mais du coup j'ai beaucoup de trous. Au total, je me suis arrêtée quatre ans. Or, on ne cotise pas pendant la période où l'on ne travaille pas", souligne. Et d'ajouter: "Ce problème est celui de toutes les femmes qui ont décidé de s'arrêter de travailler pour élever leurs enfants".

"Une différence énorme entre homme et femme"

A l'image de Pascale, les femmes ont en moyenne des carrières plus courtes que les hommes. Avec cette réforme, elles risquent donc plus souvent de subir un malus de 10% sur leur pension complémentaire. C'est ce que déplore Claire Serre-Combe de l'association Osez le féminisme. "On voit que l'on a quand même une différence énorme entre les pensions des hommes et celles des femmes. Elles sont en moyenne à 951 euros bruts par mois pour les femmes et 1.654 euros bruts pour les hommes", constate-t-elle.

"Si cette réforme passe, avec ce système de bonus-malus mise en œuvre, cela aggravera encore plus la situation économique des femmes retraitées", met-elle donc en garde. C'est pourquoi Osez Le féminisme avec quatre autres associations ont signé une tribune dans Mediapart pour demander aux syndicats de ne pas signer cette réforme.

Maxime Ricard avec Victor Joanin