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Manifestation des policiers: "Nous nous considérons comme les oubliés de la République"

TEMOIGNAGES - L'ensemble des syndicats de policiers, tous corps confondus, se rassemblent ce mercredi place Vendôme à Paris, devant le ministère de la Justice, et devant les palais de justice dans le reste de la France. Ils dénoncent une "explosion des violences", un "manque de moyens" et une "absence de réponses pénales".

"Il y a quelques jours, on a interpellé une personne à la gare qui avait sur lui des moyens de paiement (chéquier, carte bleue…) volés. On l'a présenté au commissariat, il a été placé en garde à vue. Deux jours après, on a été appelé dans un hôtel pour une personne qui a fait usage d'un chèque volé. C'était la même personne. Suite à sa garde à vue, il avait été remis en liberté et deux jours après il remettait ça".

"C'est écœurant"

Ce témoignage est celui de Christian, policier à la brigade anti-criminalité, qui explique pourquoi il manifeste ce mercredi, comme l'ensemble de ses confrères: il n'a plus confiance en la justice. "Le juge n'avait pas du tout fait son boulot parce qu'en plus cet individu n'était pas un primo-délinquant. Il avait déjà pas mal de faits derrière lui… Mais voilà, encore une fois, un fait reste impuni. Cela fout franchement les boules (sic). C'est écœurant", fulmine-t-il encore.

C'est pourquoi, les syndicats de policiers tous corps confondus (gardiens de la paix et gradés, officiers, commissaires) appellent mercredi à des "rassemblements" devant le ministère de la Justice à Paris, sous les fenêtres de Christiane Taubira, et devant les palais de Justice dans le reste de la France. Ils dénoncent une "explosion des violences", un "manque de moyens" et une "absence de réponses pénales". Le déclencheur de ce rassemblement est la fusillade du lundi 5 octobre en Seine-Saint-Denis, au cours de laquelle un policier a été grièvement blessé.

"Si nous ne sommes pas entendus…"

L’auteur des coups de feu était un détenu en fuite. Il n'était pas rentré dans sa prison de Seine-et-Marne après une permission de sortie, fin mai. Ce matin, devant le ministère de la Justice, les policiers vont demander, de nouveau, une réforme pénale. Pour que les condamnations soient à la hauteur des faits reprochés. disent-ils. Et ils en appellent directement à François Hollande. "Nous avons, après les attentats du mois de janvier, été considérés comme des héros. Aujourd'hui, nous nous considérons comme les oubliés de la République, fustige Jean-Claude Delage, secrétaire général du syndicat de policiers Alliance. Je crois qu'il appartient désormais non plus au ministre de l'Intérieur, non plus à la ministre de la Justice mais au chef de l'Etat de prendre l'affaire en mains".

Et de mettre en garde: "Il faut qu'il entende le malaise, le ras-le-bol. Car si nous ne sommes pas entendus ce malaise sera grandissant. Ce matin, nous sommes dans la rue mais cela sera certainement le premier temps d'un mouvement plus large et plus dur qui pourrait s'amorcer".

M. Ricard avec J-B. Durand et L. Dian