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Moi, Hayat, Syrienne, mère de trois fils partis au combat: "Je me dis que je ne les reverrai jamais"

REPORTAGE - Depuis le début de la guerre en Syrie, plus de 50.000 soldats ont trouvé la mort. RMC a rencontré Hayat dont le fils Mahmoud, 21 ans, a été enrôlé alors qu'il était étudiant. Décédé il y a deux ans, elle craint désormais pour ses deux autres enfants, engagés dans le conflit.

Le 15 mars 2011, les premières manifestations contre le régime de Bachar al-Assad débutaient en Syrie. Depuis 5 ans, le pays s'est enlisé dans une guerre civile sanglante, dont Daesh a profité pour s'implanter. Depuis, la Syrie a été le théâtre de combats sanglants entre armée rebelle et troupes fidèles au président, accusé d'utiliser des armes chimiques, entre autre, contre son peuple. Au total, depuis le début de la guerre, plus de 50.000 soldats ont trouvé la mort. Beaucoup d’autres ont fui pour échapper à ces combats interminables.

Mais les soldats qui restent sont épuisés et rêvent de pouvoir reprendre une vie normale. A Homs, RMC a rencontré Hayat qui raconte l'histoire de son fils, Mahmoud, 21 ans, envoyé à la guerre alors qu'il était étudiant. Et lorsqu’elle parle de son fils, elle ne peut pas s’empêcher de toucher le médaillon qu’elle porte autour du cou. Dessus, une photo de Mamhoud.

"Il voulait me dire au revoir"

"Son régiment est parti à Deraa, dans le sud, et je savais que là-bas, il y avait des combats très violents. Le 1er janvier 2014, il m’a appelé, il venait juste d’être blessé dans les combats, gravement blessé. Il voulait me dire au revoir. Il m’a dit que j’étais la plus belle maman du monde, et qu’il fallait que je sois forte. Il est mort trois jours plus tard, c’est la dernière fois que je lui ai parlé", raconte-t-elle, avec émotion.

Hayat n’a jamais pu récupérer le corps de son fils pour l’enterrer. Alors c’est sa maison toute entière qu’elle a dédié à sa mémoire. A l'intérieur, il y a partout des photos de lui. Mais, comme si la perte d’un enfant ne suffisait pas, Hayat doit vivre avec l’angoisse de perdre les deux autres, eux aussi envoyés au front. "C’est vraiment très dur, assure-t-elle. J’ai toujours un fils en guerre... A chaque fois qu’ils reviennent, j’essaye de les chouchouter, de leur faire les plats qu’ils aiment. Mais à chaque fois qu’ils repartent, je crève de peur et je me dis que si ça se trouve, je ne les reverrai jamais".

"Seulement deux jours de permission"

Cela fait près de trois ans que ses fils se battent. Depuis, beaucoup de soldats sont morts, beaucoup ont déserté. Et ceux qui restent ne savent pas quand ils pourront quitter l’armée. "Un de mes fils est en ce moment à la maison, cela faisait six mois qu’il se battait à Palmyre ! Il a seulement eu une permission de deux jours. L’autre, il a passé presque un an et demi au combat sans revenir ici", désespère Hayat.

L’armée a bien tenté de recruter de nouveaux soldats, en lançant une grande campagne publicitaire. Mais rien n’y fait. A Damas, certains jeunes hommes n’osent plus sortir de chez eux, de peur d’être embarqué de force à un barrage de police, et envoyé au front.