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Affaire Oussekine : 36 ans après, le film “Nos Frangins” revient sur le drame du 5 décembre 1986

Le film “Nos Frangins”, réalisé par Rachid Bouchareb, auteur notamment d'“Indigènes”, sortira en salles le 7 décembre prochain. Son réalisateur et l’un de ses acteurs, Raphaël Personnaz, étaient les invités de la Matinale Week End sur RMC.

Malik Oussekine, Abdel Benyahia. 36 ans plus tard, ces deux noms résonnent encore dans les mémoires, notamment celles des proches et des victimes de violences policières.

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, alors que les manifestations des étudiants s’enchaînent contre la loi Devaquet, Malik Oussekine sort d’un club de jazz. Du côté de la Sorbonne, les CRS expulsent les étudiants qui occupent les murs de l’établissement. Les “voltigeurs” de la police, toute la nuit durant, vont sillonner le Quartier latin de Paris, à la recherche de prétendus casseurs.

Trois de ces policiers à moto, la BRAV-M de l’époque, prennent alors en chasse Malik Oussekine. Armés de matraques, ils vont passer à tabac Malik Oussekine et le battre à mort.

Pour Rachid Bouchareb, cinéaste, il était important à ses yeux de réaliser un jour un long métrage revenant sur ce drame. “Je l’ai vécu comme beaucoup de gens en France. Ça m’a beaucoup touché, et comme mon métier c’est de m’intéresser beaucoup à ces sujets, car cela me parle et puis mes parents ont les mêmes origines d’Algérie, c’était important”, raconte Rachid Bouchareb.

“J’avais le projet de faire une trilogie. Le premier film était “Indigènes”, qui raconte les grands-parents de ces enfants, le second “Hors-la-loi” qui raconte les parents et puis Abdel et Malik, leurs enfants nés en France. Je voulais aussi rendre hommage à ces deux jeunes garçons”, affirme le réalisateur.

Un film encore d’actualité?

Raphaël Personnaz, qui joue le rôle d’un inspecteur de l’IGS (Inspection générale des services) tiraillé entre son honnêteté d’homme et sa loyauté envers la hiérarchie, juge par ailleurs que le long-métrage “aborde les choses de façon absolument pas manichéenne, où chaque personnage, même le moins sauvable, a ses complexités. Et c’est intéressant de voir que cet homme, policier, n’est qu’un maillon d’une grande chaîne de commandement, soumis à sa hiérarchie”.

“Ce qui était intéressant avec “Nos Frangins", c’est d’avoir un film qui nous parle de faits ayant eu lieu il y a 36 ans mais qui aujourd’hui sont un miroir de notre époque. Rachid nous laisse la liberté, à nous spectateur, d’y voir ce qu’on veut. C’est un film qui suscite le débat, qui revient sur des événements qui sont profondément bouleversants et qui n’oublie pas sa mission de cinéma”, avance Raphaël Personnaz.

Pour le réalisateur du film, le constat est clair et ne rassure pas. “Quand le public a reçu le film (...) c’était unanime je dirais. Les gens disent, que ce soit ceux qui n’ont pas connu cette période ou ceux qui ont connu et qui étaient dans les manifestations, que les choses ne changent pas”, affirme Rachid Bouchareb.

“Il y a même une espèce de peur d'aller manifester. C’est revenu plusieurs fois dans les débats, des gens qui nous disent qu’ils ont envie d’aller exprimer leurs idées mais qui ont peur d’y aller”, enchaîne le comédien Raphaël Personnaz.

Une peur aux origines multiples, en partie créée par la vision d’une forme relative d’impunité dans des affaires de ce type. Pour rappel, les policiers coupables de la mort de Malik Oussekine avaient écopé de peines allant de deux à cinq ans de prison avec sursis.

“On a tous des droits et des devoirs. Il faut à un moment une égalité, chacun a le droit à la justice. Si j’avais perdu l’un de mes enfants, j’aimerais que la justice fasse son travail dans le sens où elle a à condamner, comme pour Malik et Abdel, à sanctionner. (Cette forme d’impunité), ça a été souvent le cas. Et il faut que ça change”, conclut Rachid Bouchareb.
Matthieu Rouault, avec Alexis Lalemant