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La fin de "Plus belle la vie": la série qui a changé la société française

Une page de l'histoire de la télévision française va se tourner le 18 novembre prochain. "Plus belle la vie" a révolutionné la fiction télévisuelle et en miroir de la société, a fait bouger les lignes, en créant un lien assez inédit avec ses téléspectateurs, devenus fans.

Après 18 ans à l’antenne, plus de 4660 épisodes et 30 soirées en prime-time, la série "Plus belle la vie" sur France 3 va tirer sa révérence le 18 novembre prochain. Une fin décidée par la production en raison de la baisse des audiences de la série depuis 2018. Une série, poids lourd de la grille de France 3 qui a marqué le paysage audiovisuel par son audace assumée à aborder des thèmes de société brulants et à permettre une certaine évolution des mœurs.

Un personnage de la série incarne à lui tout seul cette idée de changement des mentalités, c’est Thomas Marci, incarné par Laurent Kérusoré. Ce personnage ouvertement homosexuel a marqué les esprits des téléspectateurs dès le début de la série.

"Au tout début, en 2004/2005, on ne savait pas comment la France allait réagir. Et tout de suite, Thomas a été aimé et il n'a jamais été considéré comme l'homosexuel du quartier. Il a été un précurseur. Dès 2005, il dit qu'il veut se marier et avoir des enfants. Ce qui a été la grande force, c'est qu'il était presque le personnage le plus normal", nous explique le comédien.

De cette réalité presque banale transposée à l’écran naît une forme de proximité très forte entre personnages de la série et le public, car chacun peut y reconnaître une part de son vécu, comme un licenciement abusif, des questions liées à l’avortement ou encore l’homoparentalité par exemple.

Un miroir de la société

Des thèmes abordés par les personnages qui agissent finalement comme un miroir de notre société. A tel point d’ailleurs que la série a changé la vie de certains téléspectateurs. C’est le cas d’Alexandre Rupnik, élu à la mairie des VIe et VIIIe arrondissement de Marseille. Il avait 10 ans lorsqu’il a commencé à regarder "Plus belle la vie" à la télé. Cette série, l'a "aidé à (se) sentir moins seul":

"J'avais un modèle de représentation à travers le personnage de Thomas Marci. On voyait la banalité de la différence. Ça contrastait avec toutes les images qu'on me renvoyait: la folle inculte décérébrée. C'est une série qui a fait du bien à plein de petites personnes qui se posaient les mêmes questions que moi", explique-t-il notant qu'au début de la série, "il n'y avait pas de représentation de l'homosexualité dans les médias télévisuels."

Pour Alexandre Rupnik, 28 ans aujourd’hui, ou Pauline Rappilly Ferniot, fidèle téléspectatrice depuis ses 9 ans, "Plus belle la vie" c’est l’histoire de toute une génération: "Je l'ai regardé avec ma grand-mère, puis chez moi avec ma mère et ma sœur. J'ai plus vécu avec Plus belle la vie que sans. C'est ma série doudou. On a grandi avec les personnages. C'est la société française dans le sens dans laquelle on aimerait qu'elle évoluer: si la société française ressemblait à la société dans la série, on vivrait mieux collectivement", juge-t-elle.

Un phénomène d'identification

L'histoire de toute une génération ou plutôt une "photographie de la société française" selon la productrice de la série, Claire de la Rochefoucauld, invité de la Matinale week-end de RMC. "On a voulu raconter la vie des vrais gens. On a toujours eu la volonté de parler de la société française telle qu'elle existe, dans toute sa diversité. Qui que ce soit regardait "Plus belle la vie", vous aviez un personnage auquel vous identifier, car c'était aussi transgénérationnel", explique celle qui a été longtemps réalisatrice des épisodes de la série.

Un phénomène d'identification qui est aussi une conséquence de "l'effet quotidienne" selon la comédienne Léa François, qui joue le personnage de Barbara Évenot. "On a toujours reçu des témoignages, mais depuis la fin de la série c'est vraiment la folie: on reçoit des copies doubles de gens qui nous racontent des anecdotes diverses et variées. Je reçois des messages qui me mettent les larmes aux yeux. Je suis aussi triste pour moi que pour eux."

En septembre dernier, les acteurs ont mis leurs pieds pour la dernière fois sur le plateau de tournage des studios de la Belle de Mai, à Marseille. Un "déchirement" pour Léa François:

"Je ne retiens que du positif. Cette série n'est que de la joie. J'ai quand même chialé tout ce que je pouvais sur ma dernière séquence. C'est une aventure qui a tellement fait partie de notre vie, depuis 14 ans. Ça a changé notre vie !"

Un dernier tour de piste

Le dernier rendez-vous du public avec "Plus belle la vie" est programmé le 18 novembre prochain. Un dernier épisode quotidien suivi dans la foulée du final, en prime time, à 21h. "Une fin qui n'est pas une fin, ouverte sur l'avenir, une vraie comédie romantique", annonce la productrice de la série, annonçant que "des indices sur l'avenir" des personnages se trouveront dans cet épisode spécial: "des vraies trajectoires, pour ne pas laisser les spectateurs en plein milieu d'une intrigue".

"La Place du Mistral n'explosera pas, les gens ne meurent pas, il n'y a pas d'attaque nucléaire", annonce Claire de la Rochefoucauld.

À 22h40, le 18 novembre prochain, le dernier générique de fin sera lancé. Dans la foulée un documentaire sur l’histoire de la série sera diffusé par France 3. À ce moment-là, le Mistral sera retombé. "Plus belle la vie" aura définitivement quitté les écrans. Une page de l'histoire de la télévision française se sera tournée.

Maxime Martinez avec Estelle Henry