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Non, la jalousie n'est pas une preuve d'amour

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Pourquoi est-on jaloux? Y a-t-il des tempéraments jaloux? Comment en sortir? A l'occasion de la sortie ce mercredi du film Jalouse, de David et Stéphane Foenkinos avec Karin Viard, RMC.fr a consulté la psychanalyste Sophie Cadalen.

Sophie Cadalen, psychanalyste, auteure de Vivre ses désirs, vite!, et de Aimer sans mode d'emploi (éditions Philippe Rey).

"La jalousie est un sentiment très archaïque, que l'enfant connait très bien. C'est l'angoisse de ne pas être le tout de l'autre, une angoisse impossible à combler d'ailleurs. La jalousie, c'est ne pas supporter que l'autre pense ailleurs, regarde ailleurs, ou désire ailleurs. C'est l'angoisse de l'endroit de l'autre où l'on n'est pas, un endroit où l'on va le perdre, et où il va trouver mieux que nous.

Ce n'est pas quelque chose de naturel ou de biologiquement naturel. Il y a certes des prédispositions plus grandes chez certains, mais en la matière il n'y a pas de généralité. Cela peut tenir d'un climat d'insécurité dans lequel on a grandi. La jalousie chez l'enfant a besoin d'être rassurée, accompagnée. Il faut également apprendre à l'enfant à partager. Dans le cas contraire, si l'enfant n'a pas bien été accompagné, ça participe d'un tempérament qui peut ensuite se révéler pathologique. Ce n'est pas tant le fait d'avoir été trompé qui rend jaloux. Il me semble que ce n'est pas ça qui forge le tempérament. C'est plutôt le vécu, comment on l'a vécu et comment on a été ou pas rassuré…

"La jalousie est un sentiment qui va avec la possession, l'exclusion"

C'est parfois perçu comme une preuve d'amour, mais ça ne l'est pas du tout. On est tous flattés que l'autre soit un peu chafouin(e) si un autre homme ou femme a regardé notre ami(e). Mais la jalousie est un sentiment qui va avec la possession, l'exclusion. On exige de l'autre plutôt qu'on aime l'autre. On ne le laisse pas vivre. Chez les pathologiques, la jalousie ne respecte pas l'autre. Puisque l'idéal du jaloux, c'est qu'il soit enfermé, invisible, tout à lui, qu'il n'ait plus de rapport avec quiconque. L'amour, on peut supposer au contraire que c'est une invitation à ce que l'autre s'épanouisse. Alors que le jaloux n'a pas du tout envie que son conjoint ou sa conjointe vive au sens le plus heureux et libre du terme.

On est tous susceptible de jalousie, mais on ne le vit et le gère pas tous de la même façon. Ce qui fait maladie, ce qui devient pathologie, c'est quand ça fait souffrir. C'est quand cette souffrance-là se répète et que cette jalousie organise la vie. Le jaloux n'est pas heureux, il est impossible à rassurer, à calmer.

"C'est au jaloux de changer de comportement"

Comment en sortir? Déjà, il ne faut pas que l'autre change son comportement. Ce n'est pas à lui de le faire. Changer son comportement pour rassurer le jaloux ne marche pas, parce qu'on n'en fera jamais assez. C'est au jaloux de s'interroger et de changer.

Paradoxalement, il n'y a pas plus infidèle potentiel que le jaloux. C'est souvent ce qu'il redoute en lui qu'il projette en l'autre. Le jaloux a peur de ses possibilités, qu'il met parfois en acte d'ailleurs. La seule façon de s'en sortir ce n'est pas de trouver le bon partenaire avec lequel on ne sera pas jaloux, puisque ce partenaire n'existe pas. Il faut se demander: qu'est-ce que ça raconte de moi? Qu'est-ce qui m'empêche de réellement profiter de l'autre? Il ne faut pas hésiter à se faire aider, parce que le jaloux maladif ne s'en sortira pas tout seul."

Propos recueillis par Philippe Gril