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Soutien de Catherine Laborde à Emmanuel Macron: "un impact très relatif sur l'électeur"

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- - BERTRAND GUAY / AFP

Mercredi, l'ancienne présentatrice météo de TF1 Catherine Laborde a annoncé son soutien à Emmanuel Macron. C'est l'une des rares people à s'engager. Sur RMC.fr, le sociologue des médias Jamil Dakhlia, auteur de Politique people, explique que les artistes sont plus réticents à soutenir les candidats. Et que les partis, à part le FN, sont aussi moins enclins à les accueillir.

Jamil Dakhlia est sociologue des médias, auteur de Politique people (éd. Bréa) et Mythologie de la peopolisation (éd. Cavaliers bleus). Il est professeur en Sciences de l'information et de la communication à l'université Sorbonne nouvelle, à Paris.

"Catherine Laborde fait partie de l'environnement familier des Français, puisque la météo est le programme le plus regardé à la télévision. Qu'elle rallie Emmanuel Macron, c'est un signe de la popularité du candidat d'En Marche et ça montre que la dynamique est de son côté. Tout soutien est bon à prendre dans l'optique de la présidentielle. Mais je ne suis pas sûr que cela soit significatif et créé un élan particulier en sa faveur aux yeux des Français. Le plus important, c'est moins les personnalités qui vous rejoignent que leur nombre. L'important, c'est d'afficher un mouvement en sa faveur.

Après, l'impact du soutien de célébrités aux politiques est très relatif et a été très questionné dernièrement. On l'a vu aux Etats-Unis, où les soutiens des artistes à Hillary Clinton ont été à la fois inefficaces et très critiqués.

"La carrière de Faudel a été dynamitée par son soutien à Sarkozy"

Il y a en fait des réticences des deux côtés. Du côté des politiques, il y a moins d'enthousiasme à l'idée de s'associer à des célébrités. La crise de 2008 est passée par là et l'ère du bling-bling est désormais révolue. Et de l'autre côté, il y a une forme de désillusion de la part des artistes qui ont pu soutenir des candidats lors des précédentes élections. Certains ont pu être échaudés par le revers de fortune de Faudel, dont la carrière a été dynamitée par son soutien à Nicolas Sarkozy en 2007. Ceux qui s'étaient engagés aux côtés de François Hollande en 2012 ont, eux, une grande amertume et le sentiment de s'être fait dupés.

Les artistes sont également plus méfiants cette année. A l'image des citoyens, les artistes sont très partagés sur cette élection incertaine dont on ne sait sur quoi elle va déboucher. Il y a eu beaucoup de surprises lors des derniers scrutins, aux Etats-Unis avec l'élection de Donald Trump et au Royaume-Uni avec le référendum sur le Brexit.

"C'est la première fois que le FN peut s'enorgueillir d'avoir des people"

Là où, y compris en 2012, il y avait les comités de soutien bien constitués très tôt dans la campagne, là on voit que les artistes ne se bousculent pas au portillon. Quant aux états-majors des candidats, ils ne s'empressent pas non plus de réunir le maximum de soutiens de célébrités. Le contexte n'est vraiment pas favorable, avec l'émergence d'une forme de populisme et de rejet des élites: quand les artistes s'associent aux politiques, ça accrédite le sentiment d'une collusion des élites.

Seul le Front national semble encore sur cette stratégie. On l'a vu avec la mise en scène autour du ralliement de l'acteur Franck de Lapersonne. C'est la première fois que le FN peut s'enorgueillir d'avoir des people dans son comité de soutien, ce qui va dans le sens de sa stratégie de dédiabolisation et de banalisation. Mais le résultat est maigre, parce qu'à part Franck de Lapersonne et Jean Roucas, on ne voit pas grand monde. On voit qu'il y a encore une réticence des artistes et du monde de la culture à s'afficher comme proches du FN".

Propos recueillis par Philippe Gril