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A l'école de police "on nous apprend que la moindre intervention peut toujours dégénérer"

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Viry-Châtillon, Champs-Elysées, quai de Valmy, et dimanche soir, Champigny-sur-Marne… Qu'elles soient terroristes ou fruits de la délinquance, les agressions contre les policiers se multiplient ces derniers mois. Dans ce contexte, dans quel état d'esprit les élèves policiers s'apprêtent-ils à entrer dans le métier? RMC a joint Anna, qui termine sa formation pour devenir policière.

Anna (le prénom a été modifié), est policière en formation. 

"Ce qu'il s'est passé à Champigny-sur-Marne, pour nous, c'est un choc. Quand on regarde la vidéo, cette foule qui s'acharne sur une personne à terre, c'est particulièrement violent. Il y a un côté mise à mort. C'est extrêmement choquant. Mais on le sait, ça fait partie des risques du métier. A l'école de police, on nous forme pour prévenir ce genre d'agressions. On nous inculque que la moindre intervention, même sur un petit différend familial, peut toujours dégénérer. Il n'y a pas de risque zéro. On apprend à se protéger contre ça, à éviter de se retrouver dans cette situation, même si parfois on n'a pas le choix. La formation est de plus en plus adaptée à ces risques. Dès le début de la formation on a des cours particuliers qui nous apprennent les techniques d'interventions et les formateurs nous rabâchent sans cesse de faire attention. C'est au cœur de tous nos cours, même en police judiciaire.

"Les méthodes de formation ont été adaptées"

Les méthodes de formation ont été adaptées à cette nouvelle réalité. Aujourd'hui on forme plus les policiers à se défendre – en respectant la loi bien sûr - mais avec une latitude plus grande pour faire usage de la légitime défense. On nous dit qu'il y a un cadre juridique sur lequel s'appuyer pour faire usage de cette légitime défense, alors qu'avant on insistait pour nous dire qu'il ne fallait sortir son arme qu'en dernier recours.

La vertu de cette formation c'est d'apprendre à tout prévoir, à imaginer le pire pour éviter qu'il n'arrive. Malgré cela, je sais qu'on ne peut pas tout contrôler et que ça peut m'arriver. D'ailleurs, tous les policiers ont au moins une anecdote à ce sujet. Régulièrement, ma mère s'inquiète pour moi, en me demandant d'éviter les métiers de police les plus exposés. Mon conjoint aussi a intégré les risques, mais il respecte mon choix et ne me met pas de pression par rapport à ça.

"On essaie de rendre la société un peu meilleure"

Quant au manque de moyens… Nos formateurs sont policiers, et nous faisons des stages où l'on se rend compte que ce n'est pas le monde des bisounours. On fait avec ce qu'on a, et je trouve que la police française se débrouille plutôt bien avec les moyens qu'elle a.

J'ai conscience des risques, mais je suis très contente du métier que j'ai choisi. Il y a un service rendu à la population, il y a vraiment cet aspect service public. Et c'est peut-être un peu mon âme d'enfant qui parle, mais on essaie de rendre la société un peu meilleure."

Propos recueillis par Philippe Gril