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Arrestation de Salah Abdeslam: "Ça ne me rendra pas mon père"

Salah Abdeslam a été arrêté ce vendredi

Salah Abdeslam a été arrêté ce vendredi - Capture BFMTV

TEMOIGNAGES - RMC a rencontré des victimes ou familles de victimes du 13 novembre. Elles se disent rassurées, soulagées de voir Salah Abdeslam entre les mains de la justice. Mais toutes n'attendent pas les mêmes choses de cette arrestation, de l'enquête qui va suivre et du futur procès.

En cavale depuis les attentats de Paris et Saint-Denis, le soir du 13 novembre, Salah Abdeslam a été arrêté, vendredi 18 mars, dans l'après-midi, au cours d'une opération policière à Bruxelles (Belgique). Ce Français d'origine marocaine de 26 ans, petit délinquant radicalisé habitant la commune populaire de Molenbeek, est soupçonné d'avoir eu au moins un rôle-clé de logisticien dans les attaques terroristes qui ont fait 130 morts.

Le soir du 13 novembre, Emmanuel a failli perdre la vie au Bataclan. Alors l'annonce de l'arrestation de Salah Abdeslam l'a soulagé. Il attend maintenant beaucoup de réponses aux questions qu'il se pose: "Comment a-t-il fait pendant quatre mois pour échapper aux autorités alors qu'il était sous leur nez? Quel était le rôle de chacun des terroristes? Pourquoi le Bataclan? Pourquoi le Stade de France? Pourquoi les terrasses? Pourquoi Paris? Comment ont-il fait pour passer entre les mailles du filet? De quelles défaillances ont-ils profité?"

"Il paiera pour ce qu'il a fait"

Aurélia est, elle aussi, une rescapée du Bataclan. Savoir qu'il y aura un procès lui donne aujourd'hui une raison de vivre et d'espérer: "Je me suis projetée à dans quelques années, quand on sera tous assis à son procès et qu'il rentrera dans le box des accusés. Là, on pourra tous le regarder dans les yeux et il paiera pour ce qu'il a fait". La jeune femme s'est portée partie civile et, comme tous les autres survivants, elle souhaite maintenant comprendre.

"La question que je me pose est de savoir comment on a pu faire un tel lavage de cerveaux à ces jeunes pour qu'ils en arrivent à tuer d'autres personnes. Moi mes trois assaillants étaient Français et je me pose la question de savoir à quel moment, en tant que société, on les a perdus." François a perdu son fils, Matthieu, au Bataclan. Il s'est depuis constitué partie civile et lui aussi attend maintenant des réponses.

"C'est trop douloureux"

"J'ai envie de savoir ce qu'il s'est réellement passé au Bataclan pendant 2h40. Je veux savoir quand mon fils a été tué, dans quelles circonstances… Il y a plein de choses qu'on a besoin de savoir, déclare-t-il. Pour l'avenir, c'est très important de savoir comment tout cela a fonctionné, quelles ont été les failles et de comprendre. Puis, continuer à vivre avec notre douleur". Michael a perdu son père, Manuel, l'unique victime du Stade de France. De son côté, il se refuse d'espérer, il ne veut plus entendre parler de Salah Abdeslam.

"Cette arrestation est intéressante pour l'enquête globale, pour combattre le terrorisme à grande échelle mais ça ne me rendra pas mon père et ça ne me retire pas la peine que je ressens et cela ne m'aidera pas à faire davantage mon deuil, témoigne-t-il. Je n'ai pas envie de me replonger là-dedans car c'est trop douloureux et c'est se laisser aller à un esprit de vengeance, de ressentiment qui pourrait plus me nuire qu'autre chose".

Maxime Ricard avec Anaïs Denet