RMC

Attentat déjoué: "nos candidats n'ont toujours pas la culture de la sécurité et privilégient l'image à la sécurité"

Marine Le Pen prend un bain de foule (photo d'illustration)

Marine Le Pen prend un bain de foule (photo d'illustration) - Nicolas Tucat - AFP

L'arrestation de deux jeunes hommes radicalisés s'apprêtant à commettre un attentat de façon "imminente" a fait resurgir le risque terroriste, en ces derniers jours de campagne. Un agent du Service de protection de la police nationale (SDLP) explique pour RMC.fr que les candidats à la présidentielle ne sont pas suffisamment conscients des risques qui les entourent.

Abdelhalim Benzadi est délégué de direction Alliance pour le Service de protection de la police nationale (SDLP), chargé notamment de la protection des candidats à la présidentielle. Il assure lui-même la protection d'un membre du gouvernement.

"Durant la campagne présidentielle, le risque est évidemment inhabituel, avec deux meetings par jour réunissant parfois 20.000 personnes, des candidats qui prennent des bains de foule, de nombreux déplacements… Les agents du SDLP sont conscients de ce risque. Donc on adapte nos méthodes de protection en resserrant le niveau habituel de sécurité. Le risque est partout, il est multiforme: c'est une invective, un enfarinage, une gifle… L'attentat, c'est évidemment la forme la plus extrême.

Il y a déjà un travail de prévention en amont qui est réalisé. Pour tous les meetings, les collègues viennent sur les sites visités pour préparer le dispositif, en synergie avec les services de police. On reconnaît les lieux qui vont être visités, les chemins qui seront empruntés, pour que le jour J, on ne soit pas en milieu inconnu. Ce travail est essentiel. Notre vigilance est plus grande et on essaie de rendre le plus hermétique possible l'environnement proche du candidat. Aujourd'hui, certains automatismes ont tendance naturellement à disparaitre: les candidats ne vont pas systématiquement faire un bain de foule, ou se rendent directement sur scène au lieu de fendre la foule du meeting.

"Poutine ne refuse pas un gilet pare-balles"

Pour assurer la sécurité, on développe les moyens humains, les techniques de protection rapprochée, on préconise des dispositifs… maintenant, la liberté est toujours laissée au candidat, qui a le choix de porter ou non un gilet pare-balles par exemple, comme cela a visiblement été le cas de François Fillon. Nous, nous donnons des conseils, après. Aux Etats-Unis, pour une personnalité de l'Etat d'Israël, ou pour Vladimir Poutine, je suppose que quand la sécurité lui demande de porter un gilet pare-balles, il le porte. En France, si un candidat veut refuser de porter un gilet pare-balles, il le peut. Nos candidats n'ont toujours pas cette culture de la sécurité, et vont privilégier l'image à la sécurité.

Il y existe des systèmes de barriérage (sic), des systèmes de corridor, pour que le candidat puisse tout de même aller voir la foule sans être au milieu d'elle. Mais on l'a vu avec Manuel Valls qui a été giflé, ces systèmes ne seront jamais aussi efficaces que l'acceptation d'un conseil d'un expert du SDLP qui vous dira: 'je vous déconseille d'aller vers la foule'. Un fonctionnaire qui dirait ça au président américain, il serait entendu. En France, il faut soigner sa cote de popularité, il faut de belles images de serrage de mains pour se rendre populaire…

"Les candidats doivent entendre nos conseils"

Nos collègues du SDLP font pourtant passer le message aux équipes de campagne des candidats pour les orienter. Tous ces petits messages sont constamment rappelés pour qu'il y ait un minimum d'exposition au public. Il faut véritablement qu'en France on développe cette culture de la sécurité qui doit l'emporter sur la culture de l'image et de la communication.

Il ne faut pas attendre qu'il se produise des choses pour que les candidats prennent des résolutions. On martèle cette idée que la sécurité, surtout en ces temps, doit prendre sa juste place. Il ne s'agit pas de prendre des dispositions à l'instant T et les oublier demain.

Cet attentat déjoué, c'est un rappel à l'ordre. Il y a quelques années, nous avons perdu un collègue dans la tuerie de Charlie Hebdo. Nous sommes dans un pays en état d'urgence, où il y a un risque majeur et avéré. On doit avoir cette mémoire. Au SDLP on en a pris la mesure, il faut maintenant que ceux qui sont potentiellement menacés puissent définitivement entendre les conseils prodigués par les professionnels de la sécurité."

Philippe Gril