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Gifle à Manuel Valls: "C'est de plus en plus difficile d'assurer la protection des candidats"

Manuel Valls et un membre du SDLP (de dos), chargé de sa sécurité, à Paris, en 2012.

Manuel Valls et un membre du SDLP (de dos), chargé de sa sécurité, à Paris, en 2012. - Miguel Medina - AFP

La gifle infligée mardi à Manuel Valls pose la question de la sécurité des hommes politiques et des candidats à la présidentielle. Pour RMC.fr, Abdelhalim Benzadi, membre du Service de protection de la police nationale (SDLP), explique comment sont protégées les personnalités.

Abdelhalim Benzadi est délégué de direction Alliance pour le Service de protection de la police nationale (SDLP), chargé notamment de la protection des candidats à la présidentielle. Il assure lui-même la protection d'un membre du gouvernement.

"Manuel Valls, ancien ministre et candidat à la primaire de la gauche, a un nombre de fonctionnaires autour de lui qui n'est pas classique. Mais la base de la protection rapprochée, c'est ce qu'on appelle la 'bulle' ou la 'triangulation': autour de n'importe quelle personnalité, on a une équipe de trois personnes pour couvrir un secteur de 360°. Vous avez le cœur d'un cercle, qui est la personnalité, et autour vous avez trois agents.

On va rendre cette zone hermétique, personne n'y pénètrera. Il y a une personne qui marche derrière pour couvrir le secteur arrière, une autre qui est un peu décrochée devant pour assurer le cheminement et une couverture un peu plus large à 180°, et vous avez quelqu'un qui se tient au plus proche de la personnalité - c'est celui qui est intervenu tout de suite après l'agression de Manuel Valls.

"On créé une bulle hermétique autour de la personnalité"

A chaque fois qu'on se déplace avec un ministre ou une personnalité protégée, on a des connections avec la police locale pour travailler en synergie. Soit la sécurité publique, soit des policiers en civil, soit des policiers de la Bac qui interviennent sur un périmètre un peu plus large. Et s'il y a des risques de manifestations, nous avons le soutien des CRS. La bulle appartient exclusivement au service de protection.

Nous, on observe la foule, on scrute et on balaie du regard. On regarde les attitudes, mais on n'a pas le temps de s'attarder. Ce qui nous alerte? Une poignée de main qui s'attarde, quelqu'un qui tient la main de la personnalité plus longtemps que prévu, un mauvais geste, un regard fuyant, quelqu'un qui trépigne... Il y a pleins de marqueurs qui tiennent de l'intuition. Mais on n'a pas de précepte et il n'y a pas de portrait-robot de l'agresseur. C'est intuitif. Ça demande de la concentration, de la vigilance, de la spontanéité et de la réactivité.

"On nous repousse toujours plus loin"

C'est de plus en plus difficile d'assurer la protection des candidats. Déjà, ils ont des envies d'aller toujours au plus près des gens pour aller serrer des mains. C'est légitime, mais ça nous oblige à nous positionner très près de la personnalité. Sauf qu'il y a des impératifs de communication, de faire de belles images, donc la protection doit être discrète. Et quand vous avez un déplacement, vous avez aussi les élus locaux qui veulent apparaître à l'image et qui créent un rideau autour de la personnalité. Tout ça repousse toujours plus loin l'officier de sécurité.

Parmi les personnalités qu'on protège, on a des gens qui écoutent vos conseils de sécurité, mais il y en a d'autres, quand ils sont déterminés à franchir une foule, vous pouvez leur dire ce que vous voulez, ils iront quand même. Là, c'est très sensible pour nous. Est-ce qu'on aurait dû empêcher le candidat d'aller serrer des mains au public? Dans certains pays ça se fait. Aux États-Unis, en Israël ou en Russie, si la sécurité dit à la personnalité que ce n'est pas bon de le faire, on l'écoute. En France, on n'a pas la même culture.

"Une gifle, un enfarinage, ça nous impacte aussi"

Aujourd'hui, heureusement, on n'a plus d'agressions létales. Ce seront des agressions verbales, une petite gifle, un crachat, un enfarinage… des choses qui sont paradoxalement plus difficile à maîtriser. Après coup, on s'en veut, même si on n'a pas failli: mon collègue a eu la bonne réaction. On se dit que l'image de la personnalité qu'on protège a été ternie. On ne met pas ça au même niveau qu'un coup de poing, mais ça nous impacte. On se dit qu'on aurait pu anticiper".

Propos recueillis par Philippe Gril