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Beaucoup de magistrats sont sous l'influence de l'idéologie patriarcale

Une cour de justice

Une cour de justice - JEFF PACHOUD / AFP

"Drame conjugal", "crime passionnel"... Ces expressions très employées "relativisent les violences envers les femmes" alors même qu'elles sortent parfois de la bouche des magistrats, dénonce une pétition. Or, "s’ils ne sont pas capables de les nommer, comment peuvent-ils les juger?", interroge le texte, qui réclame une circulaire à ce sujet. Yvette Roudy, ministre des Droits des femmes de 1981 en 1986, est signataire. Elle témoigne pour RMC.fr.

Yvette Roudy, ancienne ministre des Droits des femmes, a récemment créé sa fondation pour les droits des femmes. Elle est l'une des signataires de cette pétition qui réclame une circulaire à la ministre de la Justice, pour que les magistrats "communiquent avec des termes qui correspondent à l'état actuel de la loi". Ce texte gagne des signataires avec la montée du mot-clé #MeToo. 

"Beaucoup de magistrats sont sous l'influence de l'idéologie patriarcale. C'est-à-dire qu'ils n'ont pas le moindre idée de ce dont peuvent parler les féministes actuelles, et ce, peut-être même depuis 30 ou 40 ans. Je le dénonçais déjà moi-même quand j'étais en fonction. Ils ne comprennent rien à ce qui se passe aujourd'hui. Naturellement, ils sont décalés.

"Leur langage recouvre une sorte de compassion"

Les juges sont sous la coupe d'une culture de domination masculine qui les forme à refuser les analyses que nous pouvons faire. De cette façon, ils ont opté pour un langage qui recouvre effectivement une sorte d'amnistie, de compassion, pour les êtres humains, la plupart du temps masculins, et qui s'abandonnent à leurs pulsions. Toutes ces expressions retirent la responsabilité à celui qui commet un crime. Quand on est pas responsable, on peut pas subir une peine quelconque, n'est-ce pas...

Pour que les juges et procureurs utilisent les termes appropriés, il faut donc bien sûr les former. La garde des Sceaux a le pouvoir de recommander une formation des magistrats. Pour le moment, ils ne le sont pas. Il faut une loi. Il faut les y contraindre. J'ai essayé à une certaine époque, j'ai sorti des circulaires, mais ils ont l'habitude de ne pas les appliquer. Ils peuvent même s'en tirer sans appliquer la loi qui les y contraindrait. Je pense qu'il y a beaucoup de mauvaise foi de leur côté.

"Le droit est pétri de domination masculine"

Nous féministes, depuis deux siècles, essayons de défendre une autre culture. Mais allez combattre des esprits qui ont été pétris par une idéologie patriarcale qui remonte à 2.000 ou 3.000 ans… Le dernier sursaut de ces femmes, qui dénoncent cette prise de pouvoir, cette façon de rigoler du viol et ce genre de choses, c'est quelque chose qui doit être combattu. Le droit français, tout comme le droit international, est pétri de domination masculine. Il y a à peine 40 ans que le viol est jugé pour ce qu'il est: un crime."

Propos recueillis par Paul Conge