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Des chiens dépêchés au procès de Millas pour apaiser les douleurs des victimes

Au procès de Millas, deux chiens d'assistance judiciaire accompagnent les victimes et prévenus. De la câlinothérapie avec ces animaux de compagnie pour apaiser les douleurs.

Lundi dernier, le procès de l'accident de Millas s'est ouvert au Tribunal de Marseille. En 2017, un car scolaire rempli d'enfants entre en collision avec un train. 6 enfants décèdent, 17 sont blessés. Les 123 parties civiles, et surtout les enfants survivants pourront compter sur un "chien d'assistance judiciaire" pour les rassurer. La mise en cause a elle aussi, a demandé à être soutenue par un animal lors de ses prises de parole. Une première en France.

Concrètement, sur le banc des prévenus, à chaque fois que la conductrice du bus, Nadine Oliveira pleure, Rancho, le labrador noir vient poser sa tête sur ses genoux. C'est un geste de réconfort qu'il a appris dans sa formation de "chien d'assistance judiciaire". Sur le banc des parties civiles, c'est Ouchi, qui réconforte les enfants.

"Ils absorbent les émotions négatives et diminuent le stress" explique Aurore Bourcereau, directrice de France Victime 58, référente de ces deux chiens, dépêchés spécialement pour le procès.

Ces chiens peuvent intervenir bien avant le procès: "Il est attribué soit à des associations de victimes soit à des tribunaux pour faciliter la prise de parole et pour apaiser sur les moments avec une forte émotion" explique Florian Auffret est chargé de développement Handi'Chiens.

Des résultats étonnants

Plusieurs études menées aux Etats Unis montrent que ça marche. Là-bas, 230 chiens sont déjà déployés dans les tribunaux. En France, Florian Auffret a travaillé avec Frédéric Almendros, l'ex-procureur de Cahors, pour importer le concept. Depuis son arrivée, Lol, le chien est déjà intervenu plus de 150 fois. L'ex-procureur se rappelle d'une affaire en particulier, celle d'une enfant victime d'inceste où cette câlinothérapie par les animaux a fonctionné:

"Quand la petite est arrivée, elle s'est directement dirigée vers le chien et a parlé pendant 37 minutes. Elle n'a pas lâché le chien physiquement une seconde. Quand l'enquêteur est parti, elle s'est littéralement couché sur le chien comme une peluche. Ça a libéré, apaisé cette gamine !"

Mais ça ne s'improvise pas, n'importe quel chien ne peut pas faire l'affaire. Il doit avoir des qualités très précises et un dressage très précis. Lol, le chien du tribunal de Cahors, peut répondre à 52 ordres différents.

Une formation spécifique

Ce sont les éducateurs de l'association Handi'Chiens qui forment ces chiens, comme Isabelle Durand. Son programme de formation semble basique au départ: aboyer sur commande, donner et rapporter, marcher en laisse... Elle a quatre chiens en formation dont Taz. Lui n'est n'est qu'au début de ses deux ans de formation, "un chien très doux et proche de l'homme" selon Alizée, sa famille d'accueil. Dans un an et demi, les éducateurs rajouteront des commandes spécifiques selon le poste qu'ils auront choisi pour lui, car selon le profil du chien, ses centres d'intérêts, il n'apprendra pas les mêmes ordres.

Une formation qui coûte cher: 17.000 euros pour un chien, financé quasiment pour l'instant entièrement par du mécénat à l'association Handi'Chiens. Les subventions de l'état ne représentent qu'1 % des fonds. Mais ça pourrait changer, car le phénomène prend de l'ampleur. Aujourd'hui, sept chiens assistent parties civiles et accusés en France. D'ici la fin de l'année, ils seront trois de plus.

Lucile Pascanet