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Violences conjugales: Emmanuel Macron veut ficher les auteurs, "effet d'annonce" selon une avocate

A l'instar des fiches S, Emmanuel Macron veut instaurer un fichier similaire des auteurs de violences conjugales.

S’il est réélu, Emmanuel Macron envisage la mise en place d’un fichier administratif des auteurs de violences conjugales, selon le même principe que les fichés S. Il n’y aurait donc pas besoin de condamnation judiciaire pour apparaître sur ce fichier. Emmanuel Macron veut ce fichage pour les "gens dont on sait qu’ils peuvent être violents parce qu’il y a eu des alertes".

Ces alertes seraient, dans l’esprit du président candidat, les mains courantes ou des plaintes inachevées. "L’idée, c’est de pouvoir ficher des personnes", pour que le policier ou le gendarme "puisse savoir si quelqu’un a déjà eu des antécédents et en faire une alerte supplémentaire", assure le chef de l'Etat

"Ça pourrait être une aide pour nous en cas de contrôle, témoigne Romain, un policier, dans "Estelle Midi" sur RMC. On a aujourd’hui un fichier avec les antécédents de certaines personnes, victimes ou auteurs d’ailleurs, mais seulement après une condamnation." Ce fichier, c’est le fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijais), où sont fichées les personnes condamnées pour des violences sur conjoint, et cela pour une durée de 30 ans.

Déjà des outils performants?

"Ce que dit Macron, c’est un effet d’annonce", tacle Deplhine Meillet, avocate pénaliste au barreau de Paris, dans "Estelle Midi". "Les personnes mises en examen peuvent se retrouver au Fijais si le juge le demande", assure-t-elle. Et au Fijais s’ajoute un autre dossier. "Quand vous portez plainte, votre nom figure sur un fichier de la police. Il suffit de taper le nom dans ce fichier pour savoir s’il y a un historique. Et cela dès que vous portez plainte", ajoute l'avocate.

"Aujourd’hui, pour une femme victime de violences conjugales, déjà deux procédures vont être mises en place. Une ordonnance de protection de la victime va être mise en place. Et au pénal, si la personne est dangereuse, elle va être convoquée au commissariat et incarcérée", précise l'avocate.

Voilà pour la théorie. Car dans les faits, les prises de plaintes pour violences conjugales sont plus compliquées. Plusieurs victimes de féminicides avaient déjà alerté les autorités des violences qu'elles subissaient avant de trouver la mort, tuées par un mari violent. C'était le cas de Chahinez, tuée par son mari à Mérignac le 4 mai 2021. C'était aussi le cas d'Amanda, retrouvée morte par strangulation à Paris, tuée par son compagnon, un policier connu pour des antécédents de violences conjugales.

Guillaume Dussourt