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Elle se suicide, harcelée par son mari: le combat de la famille d'Odile pour faire reconnaitre le "suicide forcé"

DOCUMENT RMC - Une première plainte en France a été déposée pour "suicide forcé" contre un homme dont l'épouse s'est donné la mort en janvier dernier à Toulon. Le Procureur indique qu'une information judiciaire est "envisageable" dans cette affaire.

En droit français, "le suicide forcé" est une circonstance aggravante au délit de "harcèlement moral" depuis juillet 2020. Et pourtant, les plaintes sont rares, très rares. En réalité, il n'en existe qu'une. Il s'agit de celle déposée par la famille d’une femme qui s’est donnée la mort, harcelée par son époux.

Le 1er janvier 2021, Odile est retrouvée inanimée sur une plage de Toulon. Dans la nuit, la cinquantenaire a ingéré des médicaments avant de s’endormir sur le sable. Elle sera transportée le lendemain matin en état d’hypothermie à l’hôpital où elle mourra dans la journée.

Pour sa sœur Fadila, il n’y a pas de doute: son passage à l’acte est la cause des violences psychologiques exercées par son ancien mari. "Je suis convaincue à 200 % de sa responsabilité", expliquait-elle sur RMC, en juillet dernier. 

Plainte classée sans suite, avant un rebondissement

Pourtant, depuis cet été, Fadila confie sur RMC appeler toutes les semaines le Tribunal de Toulon pour prendre des nouvelles. Mais, à chaque fois, on lui dit que son dossier est toujours sur le bureau du Procureur, que ça n'a pas avancé. 

Et puis, tout s'emballe en une journée. Contacté mercredi matin par RMC, le magistrat, Bernard Marchal, indique que la plainte a été classée sans suite le 13 juillet.

Fadila et son avocat, qui n'étaient pas au courant, confient leur incompréhension et émotion: aucun courrier ne leur a été envoyé.

Mais mercredi soir, nouveau rebondissement: au téléphone, le procureur indique que la famille et l'avocat auraient bel et bien dû être mis au courant. Face à la gravité du dossier, il nous indique alors qu'il va "en personne" reprendre le dossier et envisage désormais d'ouvrir une information judiciaire.

"Il a pris le contrôle de sa vie"

Sur RMC, Fadila avait confié la descente aux enfers de sa soeur. Odile a rencontré son époux en 2010 sur un site de rencontre chrétien. Très vite, l’homme, sans emploi, s’installe chez elle et l’éloigne peu à peu de ses proches.

"Avant, c’était une femme indépendante, très joyeuse. Quand elle a rencontré ce monsieur, très rapidement, il a pris le contrôle de sa vie, raconte Fadila. J’ai eu beaucoup de mal à garder de lien avec elle, j’ai essayé mais elle ne répondait plus au téléphone. Elle a disparu."

Au fil des ans, la longue glissade se poursuit. Son époux qui n’exerce la plupart du temps pas de travail se révèle très dépensier. Ensemble, ils décident d’acheter un bateau et une voiture à crédit... mais, lui, contrôle de près l'argent du couple: Odile confie, par exemple, que l'homme ne lui donne que 2 euros pour déjeuner. 

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217 femmes poussées au suicide en 2018?

En 2018, à la demande de son mari, elle quitte Montpellier pour Toulon où son isolement s’accentue.

"Il la manipulait en lui faisant croire que sa famille, ses amis, le monde extérieur étaient toxiques. Il contrôlait ses allées et venues, son portable. Elle n’envoyait plus que des SMS discrètement, continue sa sœur sur RMC. "Elle s’est métamorphosée en quelques années: il avait pris possession de ses pensées, de ses actes."

Un soir à minuit, elle appelle en pleurs en expliquant que son mari l'a insultée. Mais ce sont de rares confidences puisque petit à petit Odile ne donne plus aucune nouvelle. Jusqu'en 2020, où elle reprend contact avec Fadila, sa soeur. Pour ses dernières fêtes de Noël, Odile s’était rapprochée de sa famille avant son passage à l’acte après dix ans de vie conjugale.

"Il ne nous a pas prévenu de sa disparition tance Fadila. Ce qui fait qu’on n’a pas pu la chercher. On n’était pas au courant alors qu’on aurait pu la retrouver. Il a tout fait pour qu'on ne la retrouve pas. Elle est morte proche de son domicile."

En droit français, "le suicide forcé" est une circonstance aggravante au délit de "harcèlement moral" depuis juillet 2020.

D’après Yael Mellul, ancienne avocate spécialiste des violences conjugales, en 2018, 217 femmes ont été poussées au suicide. Soit presque deux fois plus que le nombre de féminicides cette même année.

Marie Dupin (avec X.A.)