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"Expliquez-nous": comment s'est défendu François Fillon trois ans après son échec à la présidentielle?

Le retour de François Fillon, c’était jeudi soir sur France 2, près de trois ans après son échec à la présidentielle et avant l'ouverture de son procès devant le tribunal correctionnel. L'ancien candidat a une nouvelle fois clamé son innocence.

François Fillon s’est défendu à la télé jeudi soir comme il se défendra devant le tribunal correctionnel lors du procès qui commence dans un peu plus de trois semaines : en plaidant non-coupable. Il est poursuivi avec sa femme pour "détournement de biens de fond public" et "recel d’abus de bien sociaux". Il s’agit des salaires de sa femme Pénélope comme assistante parlementaire puis comme salariée de La revue des deux mondes de son ami Marc de la Charrière. 

Dans les deux cas, il affirme que ce n'était pas des emplois fictifs. Que Pénélope était sa première collaboratrice, sa première et plus importante. Et si elle n’a jamais été vue à l'Assemblée, c’est parce qu’elle travaillait dans la Sarthe. Sur l’emploi de deux de ses enfants qui lui reversaient ensuite leurs salaires de collaborateurs parlementaires, il refuse de s’expliquer parce que ces enfants n’ont pas été poursuivis par la justice et que cela relève donc de sa vie privée. Bref, il rejette en bloc toutes les accusations qui sont dans le dossier d’instruction et qui ont conduit à son renvoi devant un tribunal.

Il dénonce une instruction menée à charge contre lui. A charge et au pas de charge. Et c’est vrai que la justice était allée exceptionnellement vite. Il rappelle que quelques jours seulement après les premières révélations du Canard Enchaîné, le parquet financier s’était saisie de l’affaire. Qu’un juge d'instruction, le juge Tournaire, avait très vite été nommé. Et que ce juge, quatre jours après sa nomination, l’a mis en examen sans avoir lu, dit François Fillon, tous les documents qu’il avait envoyé pour sa défense. 

Victime d'un complot

D'où cette accusation grave que François Fillon a porté jeudi soir: "A la minute où cette affaire a été engagée, il avait été décidé de m'empêcher de gagner l'élection présidentielle". Autrement dit, Francois Fillon affirme avoir été victime d’un complot, d’une machination. Il parle de forces, de très grandes puissances qui se sont mobilisées contre lui.

Mais quelles forces ? Un complot mené par qui ? François Fillon n’a ni les moyens, ni l’envie de mener l’enquête. Tout cela est derrière lui, il n’a pas envie de ressasser. Est-ce que c’est Francois Hollande ? Je ne sais pas… Est-ce que c’est Nicolas Sarkozy ? Je ne sais pas. 

Mais il reconnaît deux erreurs. Avoir provoqué Nicolas Sarkozy en début de campagne avec sa fameuse phrase : "Imagine-t-on le général de Gaule mis en examen". Il n’aurait pas dû. Et autre erreur, avoir fait confiance à Robert Bourgie, l’avocat qui lui a offert deux costumes de luxe avant de le dénoncer. Robert Bourgie, proche de Nicolas Sarkozy… Mais François Fillon ne veut accuser Nicolas Sarkozy de rien. "Ça n’a pas d'intérêt", dit-il. Si bien que presque trois ans après cette affaire hors norme, François Fillon ne sait toujours pas qui est à l’origine de sa chute. Et nous non plus, on ne sait pas. Reste l'hypothèse que ce soit tout simplement le Canard Enchaîné

Est-ce que François Fillon regrette de s'être obstiné à rester candidat et d’avoir fait perdre son camp ? Non parce que selon lui, il n’y a jamais eu de solution de remplacement. Il révèle que la veille de son fameux meeting au Trocadéro, il avait décidé de se retirer, mais que finalement personne n’a pu prendre sa place. Il explique qu’Alain Juppé, le finaliste de la primaire ne pouvait pas, parce que Nicolas Sarkozy ne le soutenait pas. 

Un retour en politique ?

Il rappelle qu’il a été mis en examen, deux jours seulement avant la date limite pour dépôt des parrainages. Selon lui, aucune candidature ne pouvait s’organiser dans un délai si court. 

Est-ce que François Fillon semble vouloir revenir un jour en politique ? Il l’a dit dès la première minute de l'émission et de façon très convaincante : il ne refera jamais de politique. Parce qu’il a perdu, parce qu’il ne veut pas imposer cela de nouveau à sa famille, parce qu’il est très heureux de sa reconversion réussie. Il travaille désormais dans une très grosse société de gestion et d’investissement. "Mon travail, a-t-il dit, c’est de chercher des capitaux dans le monde entier pour les investir dans des sociétés françaises de moyenne taille".

Visiblement ça à l’air de lui plaire. Quand on lui demande s’il aime l’argent. Il répond "non, sinon j’aurais travaillé plus tôt dans le privé". Il ajoute : "En 40 ans de vie publique, j’ai accumulé un patrimoine inférieur à celui de monsieur Mélenchon".

Nicolas Poincaré