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"Expliquez-nous": Pourquoi l'affaire Preynat est la plus grosse affaire de pédophilie de l'Église de ces 50 dernières années ?

Le père Bernard Preynat doit être jugé par le tribunal correctionnel de Lyon. Il est poursuivi pour des agressions sexuelles sur dix jeunes scouts et risque 10 ans de prison.

C’est la plus grosse affaire de pédophilie dans l’Église. Le père Preynat est jugé pour dix agressions sexuelles. En réalité Bernard Preynat en a reconnu beaucoup plus. La justice a enquêté sur 35 cas, mais la plupart ont été déclarées prescrits. L’association de victimes a recensé une centaine de témoignages d’enfant abusés. 

L’affaire Preynat, c’est l'histoire de 20 ans d’impunité de complicité de l’Église catholique. Dès ses études au séminaire, Bernard Preynat a reconnu ses penchants pour les jeunes garçons. Ses formateurs l’ont alors envoyé consulter à l'hôpital psychiatrique, mais ils l’ont quand même laissé se faire ordonner prêtre puis devenir responsable des scouts dans sa paroisse de Sainte-Foy-lès-Lyon.

En 1978, il est signalé au retour d’un camp avec des jeunes en Allemagne. Il est convoqué par ses supérieurs qui lui demandent de ne pas recommencer. En 80, une mère famille alertée par son fils le sermonne. Il s’excuse et on en reste là. En 82, nouvelles accusations. Il est reçu par le spécialiste de la question au diocèse de Lyon. On lui fait un cours sur les souffrances que ses actes peuvent engendrer chez les jeunes. Mais il reste à la tête de son groupe de scout. En 90, de nouveau, une famille l’interpelle devant le responsable de la paroisse, le père Jean Plaquet. Qui se tourne vers le père Preynat et qui lui dit. “Ah, tu as encore recommencé ! Tu sais que dans le civil tu pourrais te retrouver en prison”.

Sanctionné seulement en 1991

Finalement, il faudra attendre 1991 pour qu’il soit sanctionné. Sanctionné, c’est-à-dire déplacé. Affecté dans une nouvelle paroisse où il s’occupe toujours des jeunes. En 1999, il a une promotion et prend en charge une quinzaine de paroisses. En 2011, le cardinal de Lyon Philippe Decourtray le nomme à la tête de la paroisse de Couteau. En 2013, nouvelle promotion, il est fait doyen. En 2015, une victime alerte le pape et le procureur de Lyon. En janvier 2016, le scandale éclate et Bernard Preynat reconnaît tout en garde à vue.

Ce procès est bel et bien le procès du père Preynat. Le procès de l’institution, de sa passivité, de son aveuglement a déjà eu lieu. Le cardinal de Lyon, Philippe Barbarin, a été condamné à 6 mois de prison avec sursis pour non-dénonciation. Il a fait appel et le verdict de la cours d’appel est attendu le 30 janvier dans quinze jours. En 2018, pour la première fois, la conférence des évêques à Lourdes a été consacré à la question des abus sexuels par les prêtres et il a été convenu d’indemniser les victimes, même si on n’a pas encore les montants et les détails. 

Et puis les évêques de France ont initié une commission d'enquête indépendante confiée à des magistrats, des juristes, des historiens indépendants de l’Église, présidé par Jean Marc Sauvé ancien vice-président du Conseil d'État. Cette commission a commencé un énorme travail de recensements de tous les faits en lançant de nombreux appels à témoignages. Jean-Marc Sauvé, a rendu un premier rapport d'étape, il y a deux mois, ou il constate que ces dernières années il semble y avoir beaucoup moins de cas que dans les années 50, 60, 70 et 80.

Moins d'affaires de pédophilie ces dernières années

Il y a d’abord une raison mathématique. Il y a moins de prêtres pédophiles parce qu’il y a moins de prêtres. Deux fois moins en 20 ans. 15.000 aujourd’hui contre 30.000 en 1999. Les deux tiers ont plus de 65 ans, et la moitié ont plus de 75 ans.

Et comme les prêtres sont de moins en moins nombreux et de plus en plus âgés, et bien, ils se sont recentrés sur les missions essentielles : célébrer les messes. Désormais, on ne voit plus de prêtres partir trois semaines accompagner des camps de scouts. Ils ne sont plus dans les patronages au bord des terrains de foot ou dans les vestiaires. Ils n'enseignent pratiquement plus dans les salles de classes écoles catholiques. Même le catéchisme est désormais généralement confié à des laïcs et le plus souvent à des femmes. 

Les temps ont changé et voilà pourquoi le nombre d’affaires a baissé. Même s’il en reste encore. En 2010. On comptait trente prêtres en prison, 45 qui avaient effectué une peine de prison, et une cinquantaine mis en examen.

Nicolas Poincaré