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Municipales 2020: trois ans après l'assassinat du père Hamel, comment Saint-Etienne-du-Rouvray revit

LES MAIRES FACE À LA CRISE (4\/5) - Deux terroristes se revendiquant de Daesh avaient pris en otage plusieurs personnes dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray en juillet 2016. Trois ans plus tard, la commune reste marquée par ce drame.

Trois ans et demi après l'assassinat du Père Jacques Hamel dans son église, nous sommes retournés dans la commune de Saint-Etienne-du-Rouvray, située près de Rouen (Seine-Maritime). Celui qui occupe aujourd'hui le fauteuil de maire, Joachim Moyse (PCF) était à l'époque Premier adjoint.

Dans cette ville de 29.000 habitants, tous, ou presque, se rappellent où ils étaient ce jour là, le 26 juillet 2016. Joachim Moyse était à Dieppe. Il était à peine 9h30 lorsqu'il a eu le chef de la police au téléphone.

"Il me dit qu'il y a un attentat en cours, qu'il y a deux individus qui ont pris des otages dans l'église. Je lui dit que j'arrive tout de suite. J'ai pris le volant et je crois que je n'ai jamais fait le trajet aussi vite."

"Je suis incrédule, je n'y crois pas. Il y a quelque chose du domaine du refus"

Sur la route, Joachim Moyse apprend que l'attentat est terroriste. Des islamistes qui se revendiquent de Daesh. Il apprend aussi que le prêtre, le père Jacques Hamel, a été assassiné.

"Pour moi, c'est un choc. Je suis incrédule, je n'y crois pas. Il y a quelque chose du domaine du refus. De dire que ça s'est passé à Saint-Etienne-du-Rouvray, mais pour quelle raison dans notre ville?"

Pour rassurer la population, le réflexe est d'abord sécuritaire. Une deuxième grille tout autour des écoles, des caméras de vidéo-surveillance. A la mairie aussi, les agents réclament plus de protection.

"Il y a eu des portes supplémentaires qui ont réalisées, pour permettre une nouvelle issue. Il y a eu la pose de boutons d'alarme. On a fait ça pour les rassurer. Pour nous rassurer, tous."

"'Il faut tisser encore plus de liens, ce genre de drame ne doit pas nous déchirer"

Depuis, la peur s'est un peu estompée. La ville est devenue un lieu de pèlerinage. Des collégiens viennent écouter Soeur Danielle, l'une des religieuses présente dans l'église le jour de l'attentat, l'une des seules à être restée. "On ne parle plus du drame. On parle maintenant, qu'est-ce qu'il se passe, comment ça se vit."

Les liens avec la communauté musulmane se sont aussi renforcés. Danielle rencontre souvent Mohammed Karabila, le directeur de la mosquée.

"On a créé des associations pour dire aux jeunes, à nos communautés, qu'il faut tisser encore plus de liens, et que ce genre de drame ne doit pas nous déchirer. Car c'est ce que certains veulent", explique-t-il.

"Quelque part son sang doit irriguer nos actions"

Le dialogue entre les citoyens, entre les religions, le vivre ensemble, voilà une partie du programme de Joachim Moyse pour ces municipales.

"Jacques Hamel soit parti, il a versé du sang, mais quelque part son sang doit irriguer nos actions. Ca ne doit pas simplement rester une mauvaise plaie dans l'histoire de la ville."

Pendant le prochain mandat, la place de l'église pourrait d'ailleurs être rebaptisée place Jacques Hamel.

RMC MUNICIPALES 2020

A moins de deux mois des élections municipales, tous les jours, à 6h40 et 8h, jusqu'au premier tour du scrutin le 15 mars, nos reporters sillonnent la France pour vous faire vivre ces élections. Au programme de la semaine, des rencontres avec ces maires qui ont affronté une crise majeure pendant leur mandat.

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Juliette Droz et Benoît Ballet (avec J.A.)