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Piqûres sauvages: pourquoi on en sait si peu sur ce phénomène

Depuis plusieurs mois, des témoignages et plaintes après des piqûres sauvages en soirée se multiplient. Si la police arrive à procéder à quelques interpellations, le mystère reste entier, notamment quant aux motivations de piqueurs.

Le phénomène des piqûres en soirée ne cesse de prendre de l’ampleur. Selon un décompte de la police, on a dépassé les mille témoignages. Huit personnes ont été interpellées le soir de la fête de la musique, mais le mystère reste entier.

L'affaire des piqûres en soirée a commencé en février lorsque les boîtes de nuit ont rouvert après des mois de fermeture. Les faits surviennent essentiellement en discothèque, lors de concerts, ou de festivals. La police a publié des premiers chiffres cette semaine. Plus de 800 plaintes déposées pour 1.098 témoignages recueillis. C’est considérable. Et cela s’est passé dans toute la France, du nord au sud et de l’est à l’ouest.

On n’a toujours aucune idée sur les motivations de ceux qui font cela. Les victimes souvent conduites à l'hôpital ont été examinées et aucun produit suspect n’a été détecté. Pas de GHB, la drogue des violeurs, sauf à une exception près.

Pas non plus de vols ou de violence après les piqûres, là encore à une exception près. À Grenoble, un jeune homme qui s’est senti mal, s’est fait voler son portable et son portefeuille. Les policiers en sont donc réduit à des hypothèses. Ils ont évoqué un phénomène de jeu, une mode malsaine, ou bien des défis lancés sur les réseaux sociaux. Mais rien n’est venu confirmer ces hypothèses.

Huit personnes ont été interpellées mardi, lors de la fête de la musique. Jusqu'à présent, seulement trois personnes avaient été arrêtées. D’abord un homme interpellé à Toulon après le tournage d’une émission musicale de TF1 le 4 juin dernier. Plusieurs dizaines de spectateurs et spectatrices s'étaient senties mal. Un suspect a été arrêté sur place. Un jeune tunisien de 20 ans, sans papier reconnu par deux victimes qui l’ont vu avec une seringue à la main. Il a été mis en examen et placé en détention.

Des ressemblances avec une affaire vieille... de 200 ans

Dans la même région, deux hommes, de nationalité turque, ont ensuite été interpellés à Sanary-sur-Mer. Ils ont été identifiés grâce aux caméras de surveillance d’une boîte de nuit. La police a ensuite découvert chez l’un d’entre eux des seringues et des médicaments. Ils ont eux aussi été envoyés en prison. Le problème, c’est que ces trois suspects nient les faits catégoriquement, malgré les charges. Leur arrestation n’a donc pas permis d’en savoir plus sur leur motivation.

Peut-être que les gardes à vue des huit personnes interpellées avant mercredi permettront d’en savoir plus.

Un phénomène semblable a lieu en Grande-Bretagne. Cela a commencé un peu avant, à l'automne dernier. À peu près la même ampleur, on en est à 1300 cas recensés. Ce sont essentiellement des étudiantes victimes de piqûre dans les lieux festifs, mais là encore aucun produit toxique n’a été repéré. Et aucun suspect n’a été arrêté. Pas d'hypothèses sérieuses donc sur les auteurs de ces faits pour Scotland Yard qui est pour l’instant en échec.

Paris avait déjà connu une mystérieuse affaire de piqûre il y a 200 ans. En 1819, un homme piquait les fesses des jeunes filles dans le quartier du Louvre, avec un stylet ou une pique au bout de sa canne. On a compté 400 victimes, mais la police ne parvenait pas à arrêter le piqueur de fesses. Finalement, un article est publié dans le journal le “Moniteur Universelle” à l’initiative de la préfecture de police. Mais la publication de cet article ne fait qu'aggraver les choses. Les piqûres se multiplient les jours suivants, et une psychose commence à s'installer. Des femmes s'achètent des protèges-fesses en métal qu’elle glisse sous leur robe. Finalement, un homme a été arrêté par le fameux commissaire Vidocq. Il est jugé et condamné à 5 ans de prison. Cependant, les piqûres ne se sont pas aussitôt arrêtées. Il y avait donc plusieurs piqueurs, qui se livraient à ce jeu pervers. C’était donc il y a un peu plus de 200 ans et ça ne s'était pas reproduit depuis.

Nicolas Poincaré